SCÈNE II
FILME, ALBINE, AUFIDE.
FULVIE
Aufide, qu'a-t-on fait? quelle est ma destinée; A quel abaissement suis-je enfin condamnée?
AUFIDE
Le divorce est signé de cette même main Que l'on voit à longs flots verser le sang romain : Et bientôt vos tyrans viendront sous cette tente Partager des proscrits la dépouille sanglante.
FULVIE
Puis-je compter sur vous?
AUFIDE
Né dans votre maison, Si je sers sous Antoine et dans sa légion, Je ne suis qu'à vous seule. Autrefois mon épée Aux champs thessaliens servit le grand Pompée : Je rougis d'être ici l'esclave des fureurs Des vainqueurs de Pompée et de vos oppresseurs. Mais que résolvez-vous?
FULVIE
De me venger.
AUFIDE
Sans doute, Vous le devez, Fulvie.
FULVIE
11 n'est rien qui nie coule, 11 n'est rien que je craigne; et dans nos factions On a compté Fulvie au rang des plus grands noms. Je n'ai qu'une ressource, Aufide, eu ma disgrâce.
Le parti de Pompée est celui que j'embrasse ;
Et Lucius César a des amis secrets
Qui sauront à ma cause unir ses intérêts.
11 est, vous le savez, le père de Julie;
Il fut proscrit; enfin tout me le concilie.
Julie est-elle à Rome?
AUFIDE
On n'a pu l'y trouver.
Octave tout-puissant l'aura fait enlever; Le bruit en a couru.
FULVIE
Le rapt et l'homicide, Ce sont là ses exploits! voilà nos lois, Aufide. Mais le fils de Pompée est-il en sûreté? Qu'en avez-vous appris?
AUFIDE
Son arrêt est porté; Et l'infâme avarice, au pouvoir asservie. Doit trancher à prix d'or une si belle vie; Tels sont les vils Romains.
FULVIE
Quoi! tout espoir me fuit?
Non, je défie encor le sort qui me poursuit ; Les tumultes des camps ont été mes asiles : Mon génie était né pour les guerres civiles, Pour ce siècle effroyable où j'ai reçu le jour. Je veux... Mais j'aperçois dans ce sanglant séjour Les licteurs des tyrans, leurs lâches satellites, Qui de ce camp barbare occupent les limites. Vous qu'un emploi funeste attache ici près d'eux, Demeurez; écoutez leurs complots ténébreux. Vous m'en avertirez, et vous viendrez m'apprendre Ce que je dois souffrir, ce qu'il faut entreprendre.
[Elle sort avec Albine.) AUFIDE.
Moi, le soldat d'Antoine! A quoi suis-je réduit!
De trente ans de travaux quel exécrable fruit!
(Tandis qu'il parle, on avance la tente où Octave et Antoine vont se placer. Les licteurs Ventourent et forment un demi-cercle . Aufide se range à côté de la tente.)