SCÈNE IV
OCTAVE, ANTOINE, AUFIDE, un tribun, licteurs.
ANTOINE, au tribun.
A-t-on des triumvirs accompli les desseins ? Le sang assure-t-il le repos des humains ?
LE TRIBUN
Rome tremble et se tait au milieu des supplices. Il nous reste à frapper quelques secrets complices, Quelques vils ennemis d'Antoine et des Césars ; Restes des conjurés de ces ides de Mars, [obscure, Qui, dans les derniers rangs cachant leur haine Vont du peuple en secret exciter le murmure. Paulus, Albin, Cotta, les plus grands sont tombés; A la proscription peu se sont dérobés.
OCTAVE
A-t-on de l'univers affermi la conquête? Et du. fils de Pompée apportez-vous la tète? Pour le bien de l'État j'ai dû la demander.
LE TRIBUN
Les dieux n'ontpas voulu, seigneur,vousl'accorder : Trop chéri des Romains, ce jeune téméraire Se parait à leurs yeux des vertus de son père ; Et lorsque, par mes soins, des têtes des proscrits Aux murs du Capitole on affichait le prix, Pompée à leur salut mettait des récompenses. Il a par des bienfaits combattu vos vengeances, Mais, quand vos légions ont marché sur nos pas, Alors, fuyant de Rome et cherchant les combats, Il s'avance à Césène, et vers les Pyrénées Doit au fils de Caton joindre ses destinées; Tandis qu'en Orient Cassius et Rrutus, Conjurés trop fameux par leurs fausses vertus, A leur faible parti rendant un peu d'audace, Osent vous défier dans les champs de la Thrace.
ANTOINE
Pompée est échappé !
OCTAVE
Ne vous alarmez pas ; [pas.
En quelque endroit qu'il soit, la mort est sur ses Si mon père a du sien triomphé dans Pharsale, J'attends contre le fils une fortune égale ; Et le nom de César, dont je suis honoré, De sa perte à mon bras fait un devoir sacré.
ANTOINE
Préparons donc soudain cette grande entreprise ; Mais que notre intérêt jamais ne nous divise. Le sang du grand César est déjà joint au mien; Votre sœur est ma femme, et ce double lien Doit affermir le joug où nos mains triomphantes Tiendront à nos genoux les nations tremblantes.