FULVIE, AUFIDE
AUFIDE
Oui, j'ai tout entendu ; le sang et le carnage Ne coûtaient rien, madame, à votre époux volage. Je suis toujours surpris que ce cœur effréné, Plongé dans la licence, au vice abandonné, Dans les plaisirs affreux qui partagent sa vie, Garde une cruauté tranquille et réfléchie. Octave même, Octave en parait indigné.
Il regrettait le sang où son bras s'est baigné; 11 n'était plus lui-même : il semble qu'il rougisse D'avoir eu si longtemps Antoine pour complice. Peut-être aux yeux des siens il feint un repentir, Pour mieux tromper la terre et mieux l'assujettir; Ou peut-être son âme, en secret révoltée, De sa propre furie était épouvantée.
J'ignore s'il est né pour éprouver un jour Vers l'humaine équité quelque faible retour; Mais il a disputé sur le choix des victimes, Et je l'ai vu trembler en signant tant de crimes.
FULVIE
Qu'importe à mes affronts ce faible et vain remord? Chacun d'eux tour à tour me donne ici la mort. Octave, que tu crois moins dur et moins féroce, Sous un air plus humain cache un cœur plus atro- II agit en barbare et parle avec douceur : [ce; Je vois de son esprit la profonde noirceur;
Le sphinx est son emblème, et nous dit qu'il pré- Ce symbole du fourbe aux aigles de son père, [fère A tromper l'univers il mettra tous ses soins. De vertus incapable, il les feindra du moins; El l'autre aura toujours dans sa vertu guerrière Les vices forcenés de son âme grossière. Ils osent me bannir; c'est là ce que je veux. Je ne demandais pas à gémir auprès d'eux, 4 respirer encore un air qu'ils empoisonnent. Remplissons sans Larder les ordres qu'ils me douaient ; Parlons. Dans quels pays, dans quels lieux ignorés Ne les verrons-nous pas comme à Rome abhorrés? Je trouverai partout l'aliment de ma haine.