SCÈNE II
FILME, ALBINE, AUFIDE.
AUFIDE
Madame, espérez tout ; Pompée est à Césène : Mille Romains en foule ont devancé ses pas; Son nom et ses malheurs enfantent des soldats. On dit qu'à la valeur joignant la diligence, Dans cette ile barbare il porte la vengeance ; Que les trois assassins à leur tour sont proscrits, Que de leur sang impur on a fixé le prix. On dit que Brutus même avance vers le Tibre, Que la terre est vengée et qu'enfin Rome est libre. Déjà dans tout le camp le bruit s'est répandu, Et le soldat murmure ou demeure éperdu.
FULVIE
On en dit trop, Albine; un bien si désirable [ble; Est trop prompt et trop grand pour être vraisembla- Mais ces rumeurs au moins peuvent me consoler, Si mes persécuteurs apprennent à trembler.
AUFIDE
Il est des fondements à ce bruit populaire. Un peu de vérité fait l'erreur du vulgaire. Pompée a su tromper le fer des assassins, C'est beaucoup ; tout le reste est soumis aux destins. Je sais qu'il a marché vers les murs de Césène; De son départ au moins la nouvelle est certaine, Et le bruit qu'on répand nous confirme aujourd'hui Que les cœurs des Romains se sont tournés vers lui. Mais son danger est grand ; des légions entières Marchent sur son passage et bordent les frontières ; Pompée est téméraire et ses rivaux prudents.
FULVIE
La prudence est surtout nécessaire aux méchants;
Mais souvent on la trompe; un heureux téméraire
Confond, en agissant, celui qui délibère.
Enfin Pompée approche. Unis par la fureur,
Nos communs intérêts m'annoncent un vengeur.
Les révolutions, fatales ou prospères,
Du sort qui conduit tout sont les jeux ordinaires :
La fortune à nos yeux fit monter sur son char
Sylla, deux Marins, et Pompée et César ;
Elle a précipité ces foudres de la guerre;