MARIAMNE, ACTE II, SCENE V
Il faut que je dérobe à d'inhumaines lois Les restes malheureux du pur sang' de nos rois. J'aurais dû dès longtemps, loin d'un lieu si coupa- Demander au sénat un asile honorable : [ble,
Mais, seigneur, je n'ai pu, dans les troubles divers Dont la guerre civile a rempli l'univers, Chercher parmi l'effroi, la guerre et les ravag Un port aux mêmes lieuxd'où partaient les orag Auguste aumonde entier donne aujourd'hui la paix; Sur toute la nature il répand ses bienfaits. Apre- les longs travaux d'une guerre odieuse, Ayant vaincu la terre, il veul la rendre heureuse. Du haut du Capitule il juge tous les rois, El de ceux qu'on opprime il prend en main les
[droits.
Qui peut à ses bontés plus justement prétendre Que mes faibles enfants, que rien ne peut défendre, Et qu'une mère en pleurs amène auprès de lui Du bout de l'univers implorer son appui? Pour conserver les fils, pour consoler la mère, Pour finir tous mes maux, c'est en vous que j'espèiv : Je m'adresse à vous seul, à vous, a ce grand cœur, De la simple vertu généreux protecteur; A vous à qui je dois ce jour que je respire : Seigneur, éloignez-moi de ce fatal empire. Ma mère, mes enfants, je mets tout en vos main-; Enlevez l'innocence au fer des assassins. Vous ne répondez rien? Que faut-il que je pense De ces sombres regards et de ce long silence? Je \ois que mes malheurs excitent vos refus.
SOHEME.
Non... Je respecte trop vos ordres absolus. Mes gardes vous suivront jusque dans l'Italie; Disposez d'eux, de moi, de mon cœur, de ma vie, Fuyez le roi, rompez vos nœuds infortuné'-; Il est assez puni, si vous l'abandonnez. Il ne vous verra plus, grâce à son injustice: Et je sens qu'il n'est point de si cruel supplice... Pardonnez-moi ce mot, il m'échappe à regret; Ea douleur de vous perdre a trahi mon secret. J'ai parlé, c'en est fait ; mais, malgré ma faibl Songez que mon respect ('gale ma tendresse. Sohême en vous aimant ne veut que vous servir, Adorer vos vertus, vous venger et mourir.
MARIAMNE
Je me flattais, seigneur, et j'avais lieu de croire Qu'axée mes intérêts vous chérissiez ma gloire. Quand Sohême en ces lieux a veillé sur mes jours, J'ai cru qu'à sa pitié je devais son secours. Je ne m'attendais pas qu'une flamme coupable Dûl ajouter ce comble à l'horreur qui m'accable, Ni que dans mes périls il me fallût jamais Rougir de vos bontés et craindre vos bienfaits. Ne pensez pas pourtant qu'un discours qui m'offense Vous ait rien dérobé- de ma reconnaissance : Tout espoir m'est ravi, je ne vous verrai plus; J'oublierai votre flamme et non pas vos vertus. Je ne veux voir en vous qu'un héros magnanime Qui jusqu'à ce moment mérita mon estime :