OCTAVE, JULIE
OCTAVE, arrêtant Julie.
Je vous ai déjà dit que vous deviez m'entendre. Votre abord en cette île a droit de me surprendre ; Mais cessez de me craindre et calmez votre cœur. juuE. [reur.
Seigneur, je ne crains rien, mais je frémis d'hor-
OCTAVE
Vous changerez peut-être en connaissant Octave.
JULIE
J'ai le sort des Romains, il me traite en esclave. Vous pouviez respecter mon nom et mon malheur.
OCTAVE
Sachez que de tous deux je suis le protecteur. Les respects des humains et Rome vous attendent; Ce nom que vous portez et leurs vœux vous deman- Je dois vous y conduire, et le sang des Césars [dent ; Ne doit plus qu'en triomphe entrer dans ses remparts. Pourquoi les quittez-vous? Ne pourrai-je connaître Qui vous dérobe à Rome où le ciel vous fit naître?
JULIE
Demandez-moi plutôt, dans ces horribles temps, Pourquoi dans Rome encore il est des habitants. La ruine, la mort de tous côtés s'annonce ; Mon père était proscrit, et voilà ma réponse.
OCTAVE
Mes soins veillent sur lui; ses jours sont assurés; Je les ai défendus, vous les rendez sacrés.
JULIE
Ainsi je dois bénir vos lois et votre empire, Lorsque vous permettez que mon père respire!
OCTAVE
Il s'arma contre moi; mais tout est oublié :
Ne lui ressemblez point par son inimitié.
Mais enfin près de moi qui vous a pu conduire?
JULIE
La colère des dieux obstinés à me nuire.
OCTAVE
Ces dieux se calmeront. Ma sévère équité » A vengé le héros qui m'avait adopté.
Il n'appartient qu'à moi d'honorer dans Julie Le sang, l'auguste sang dont vous êtes sortie. Je dois compte de vous à Rome, aux demi-dieux Que le monde à genoux révère en vos aïeux.
JULIE
Vous!
Un fils de César ne doit jamais permettre Qu'en d'étrangères mains on ose vous remettre.
JULIE
Vous son fils!... ô héros! ô généreux vainqueur! Quel fils as-tu choisi? quel est ton successeur? César vous a laissé son pouvoir en partage ; Sa magnanimité n'est pas votre héritage : S'il versa quelquefois le sang du citoyen, Ce fut dans les combats, en répandant le sien; C'est par d'autres exploi ts que vous briguez l'empire. Il savait pardonner et vous savez proscrire : Prodigue de bienfaits, et vous d'assassinats, Vous n'êtes point son fils, je ne vous connais pas.
OCTAVE
Il vous parle par moi, Julie ; il vous pardonne Les noms injurieux que votre erreur me donne* Ne me reprochez plus ces arrêts rigoureux Qu'arrache à ma justice un devoir malheureux. La paix va succéder aux jours de la vengeance.
JULIE
Quoi ! vous me donneriez un rayon d'espérance !
OCTAVE
Vous pouvez tout.
JULIE
Qui? moi?
OCTAVE
Vous devez présumer Quel est le seul moyen qui peut me désarmer, Et qui de ma clémence est la cause et le gage.
Vous parlez de clémence au milieu du carnage ! Hélas! si tant de sang, de supplices, de morts, Ont pu laisser dans vous quelque accès aux remords ; Si vous craignez du moins cette haine publique, Cette horreur attachée au pouvoir tyrannique ; Ou si quelques vertus germent dans votre cœur, En les mettant à prix n'en souillez point l'honneur; N'en avilissez pas le caractère auguste. Est-ce à vos passions à vous rendre plus juste ? Soyez grand par vous-même.
OCTAVE
Allez, je vous entends, Et j'avais bien prévu vos refus insultants. Un rival criminel, une race ennemie....
JULIE
Qui?
OCTAVE
Vous le demandez! vous savez trop, Julie,