SCÈNE I
SOHÊME, NARBAS, AMMON, suite.
NARBAS.
Le temps est précieux, seigneur, Hérode arrive Du fleuve de Judée il a revu la rive.
Salome, qui ménage un reste de crédit,
Déjà par ses conseils assiège son esprit.
Ses courtisans en foule auprès de lui se rendent;
Les palmes dans les mains, nos pontifes l'attendent;
Idamas le devance, et vous le connaissez.
Je sais qu'on paya mal ses services passés. C'est ce même Idamas, cet Hébreu plein de zèle, Qui toujours à la reine est demeuré fidèle, Qui, sage courtisan d'un roi plein de fureur, A quelquefois d'Hérode adouci la rigueur.
NARBAS.
Bientôt vous Fentendrez. Cependant Mariamne Au moment de partir s'arrête, se condamne; Ce grand projet l'étonné, et, prête à le tenter, Son austère vertu craint de l'exécuter.
Sa mère est à ses pieds, et, le cœur plein d'alarmes, Lui présente ses fils, la baigne de ses larmes, La conjure en tremblant de presser son départ. La reine flotte, hésite, et partira trop tard. C'est vous dont la bonté peut hâter sa sortie ; Vous avez dans vos mains la fortune et la vie De l'objet le plus rare et le plus précieux Que jamais à la terre aient accordé les cieux. Protégez, conservez une auguste famille; Sauvez de tant de rois la déplorable fille. Vos gardes sont-ils prêts? puis-je enfin l'avertir?
SOHÊME.
Oui, j'ai tout ordonné; la reine peut partir.
NARBAS.
Souffrez donc qu'à l'instant un serviteur fidèle Se prépare, seigneur, à marcher après elle.
SOHÊME.
Allez ; loin de ces lieux je conduirai vos pas :
Ce séjour odieux ne la méritait pas.
Qu'un dépôt si sacré soit respecté des ondes !
Que le ciel, attendri par ses douleurs profondes,
Fasse lever sur elle un soleil plus serein !
Et vous, vieillard heureux, qui suivez son destin,
Des serviteurs des rois sage et parfait modèle,
Votre sort est trop beau, vous vivrez auprès d'elle.