‹ Théâtre completChapitre 784 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

JULIE, FULVIE; gardes, dans le fond.

JULIE

Vous me l'aviez bien dit qu'il me fallait tout crain- Voilà donc nos succès ! [dre.

FULVIE

Vous êtes seule à plaindre :

Vous aviez devant vous un avenir heureux ; Vous perdez de beaux jours et moi des jours affreux. Vivez, si vous l'osez : je déteste la vie; Ma main n'a pu suffire à mon âme hardie. Ces monstres que le ciel veut encor protéger Sont plus heureux que nous dans l'art de se venger. Pompée, en s'approchant de ce perfide Octave, En croyant le punir, n'a frappé qu'un esclave, Qu'un des vils instruments de ses sanglants com- Indigne de mourir sous la main d'un héros, [plots, D'un plus grand ennemi j'allais purger le monde: Je marchais, j'avançais dans cette nuit profonde ; Mon bras était levé, lorsque de toutes parts Les flambeaux rallumés ont frappé mes regards. Octave tout sanglant a paru dans la tente. De leurs lâches licteurs une troupe insolente Me conduit en ces lieux captive auprès de vous. Fléchissez vos tyrans; je brave ici leurs coups. Qu'on me laisse le jour ou bien qu'on me punisse, Ma vengeance est perdue et voilà mon supplice. Ciel ! si tu veux encor prolonger mes destins, Que ce soit seulement pour mieux armer mes mains, Pour mieux servir ma haine et ma fureur trompée.

JULIE

Hélas ! avez-vous su ce que devient Pompée ? Est-il vivant ou mort en ces déserts sanglants ? Aufide aura-t-il pu dérober aux tyrans Ce héros tant proscrit que la terre abandonne?

FULVIE

Il n'ose m'en flatter; mais aucun ne soupçonne Que Pompée en effet soit errant sur ces bords.

Vers Césène aujourd'hui tous ses amis sont morts; Le bruit de son trépas commence à se répandre. Les tyrans sont trompés, et vous pouvez compren- Que ce bruit peut servir encor à le sauver, [dre C'est un soin que mes mains n'ont pu se réserver. Vous êtes libre au moins ; son salut vous regarde : Vous me voyez captive, on m'arrête, on me garde ; Je ne puis rien pour vous, ni pour lui, ni pour moi . J'attends la mort.

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