‹ Théâtre completChapitre 82 sur 1720 · I DAMAS · texte numérisé non relu

I DAMAS

Votre douleur est juste; et si pour Mariamue....

HÉRODE

fit c'est ce nom fatal, hélas ! qui me condamne ;

C'est ce nom qui reproche à mon cœur agité L'excès de ma faiblesse et de ma cruauté.

MAZAEL.

Elle sera toujours inflexible en sa haine : Elle fuit votre vue.

HÉKODE.

Ah ! j'ai cherché la sienne.

MAZAEL.

Qui? vous, seigneur?

HÉRODE

Eh quoi! mes transports furieux.

Ces pleurs que mes remords arrachent de mes yeux,

Ce changement soudain, cette douleur mortelle, Tout ne Le dit-il pas que je viens d'auprès d'elle? Toujours troublé, toujours plein de haine et d'a-

[mour.

J'ai trompé, pour la voir, une importune cour. Quelle entrevue, ô cieux ! quels combats ! quel sup-

[plice!

Dans ses yeux indignés j'ai lu mon injustice; Ses regards inquiets n'osaient tomber sur moi ; Et tout, jusqu'à mes pleurs, augmentait son effroi.

MAZAEL.

Seigneur, vous le voyez, sa haine envenimée Jamais par vos bontés ne sera désarmée ; Vos respects dangereux nourrissent sa fierté.

HÉRODE

Elle me hait! ah Dieu! je l'ai trop mérité !

Je lui pardonne, hélas ! dans le sort qui l'accable,

De haïr à ce point un époux si coupable.

MAZAEL.

Vous coupable? Eh ! seigneur, pouvez-vous oublier Ce que la reine a fait pour vous justifier? Ses mépris outrageants, sa superbe colère, Ses desseins contre vous, les complots de son père? Le sang qui la forma fut un sang ennemi ; Lf dangereux Hircan vous eût toujours trahi : Et des Asmonéens la brigue était si forte, Que sans un coup d'État vous n'auriez pu....

HÉRODE

N'importe :

■ircan était son père, il fallait l'épargner;

Mais je n'écoutai rien que la soif de régner.

Ma politique affreuse a perdu sa famille ;

J'ai fait périr le père, et j'ai proscrit la fille ;

J'ai voulu la haïr ; j'ai trop su l'opprimer :

Le ciel, pour m'en punir, me condamne à l'aimer.

1DAMAS

Seigneur, daignez m'en croire; une juste tendresse Devient une vertu, loin d'être une faiblesse : Digne de tant de biens que le ciel vous a faits, Mettez votre amour même au rang de ses bienfaits.

HÉRODE

Hircan, mânes sacrés ! fureurs que je déteste!

1 DAMAS

Perdez-en pour jamais le souvenir funeste.

MAZAEL.

Puisse la reine aussi l'oublier comme vous !

HÉRODE

O père infortuné ! plus malheureux époux! [père, Tant d'horreur, tant de sang, le meurtre de son Les maux que je lui fais, me la rendent plus chère. Si son coeur.... si sa foi.... mais c'est trop différer, [damas, en un mot, je veux tout réparer. Va la trouver ; dis-lui que mon âme asservie Met à ses pieds mon trône, et ma gloire, et ma Aie. Je veux dans ses enfants choisir un successeur. Des maux qu'elle a soufferts elle accuse ma sœur : C'en est assez; ma sœur, aujourd'hui renvoyée, A ce cher intérêt sera sacrifiée.

Je laisse à Mariamne un pouvoir absolu.

MAZAEL.

Quoi! seigneur, vous voulez....

Oui, je l'ai résolu ; Oui, mon cœur désormais la voit, la considère Comme un présent des cieux qu'il faut que je révère. Que ne peut point sur moi l'amour qui m'a vaincu ! A Mariamne enfin je devrai ma vertu.

Il le faut avouer, on m'a vu dans l'Asie Régner avec éclat, mais avec barbarie .

Craint, respecté du peuple, admiré, mais haï, J'ai des adorateurs et n'ai pas un ami. [croire, Ma sœur, que trop longtemps mon cœur a daigné Ma sœur n'aima jamais ma véritable gloire ; Plus cruelle que moi dans ses sanglants projets, Sa main faisait couler le sang de mes sujets, Les accablait du poids de mon sceptre terrible ; Tandis qu'à leurs douleurs Mariamne sensible, S'occupant de leur peine, et s'oubliant pour eux, Portait à son époux les pleurs des malheureux. C'en est fait : je prétends, plus juste et moins sé- Par le bonheur public essayer de lui plaire, [vère, L'État va respirer sous un règne plus doux; Mariamne a changé le cœur de son époux. Mes mains, loin de mon trône écartant les alarmes, Des peuples opprimés vont essuyer les larmes. Je veux sur mes sujets régner en citoyen, Et gagner tous les cœurs pour mériter le sien. Va la trouver, te dis-je, et surtout à sa vue Peins bien le repentir de mon âme éperdue : Dis-lui que mes remords égalent ma fureur. Va, cours, vole et reviens. Que vois-je? c'est ma {A Mazaël.) [sœur.

Sortez.... A quels chagrins ma vie est condamnée!

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