MARIAMNE, ACTE III, SCENE VI
HÉRODE
L'un m'offense, il est M'ai.... mais l'autre est excu- N'en parlons plus. [sable.
SALOME.
Soheme, à vos yeux condamnable, A toujours de la reine allumé le courroux.
HÉRODE
Ah! trop d'horreurs enfin se répandent sur nous; Je cherche à les finir. Ma rigueur implacable, En me rendant plus craint, m'a fait plus misérable. Assez et trop longtemps sur ma triste maison La vengeance et la haine ont versé leur poison ; De la reine et de vous les discordes cruelles Seraient de mes tourments les sources éternelles. Ma sœur, pour mon repos, pour vous, pour toutes Séparons-nous, quittez ce palais malheureux; [deux, 11 le faut.
SALOME.
Ciel ! qu'en tends-je ? Ah ! fatale ennemie !
HÉRODE
Un roi vous le commande, un frère vous en prie. Que puisse désormais ce frère malheureux N'avoir point à donner d'ordre plus rigoureux, N'avoir plus sur les siens de vengeances à prendre, De soupçons à former, ni de sang à répandre ! Ne persécutez plus mes jours trop agités. Murmurez, plaignez-vous, plaignez moi; maispar-
salome. [lez.
Moi, seigneur, je n'ai point de plaintes à vous faire. Vous croyez mon exil et juste et nécessaire ; A vos moindres désirs instruite à consentir, Lorsque vous commandez, je ne sais qu'obéir. Vous ne me verrez point, sensible à mon injure, Attester devant vous le sang et la nature; Sa voix trop rarement se fait entendre aux rois, Et, près des passions, le sang n'a point de droits. Je ne vous vante plus cette amitié sincère, Dont le zèle aujourd'hui commence à vous déplaire; Je rappelle encor moins mes services passés; Je vois trop qu'un regard les a tous effacés : Mais avez-vous pensé que Mariamne oublie Cet ordre d'un époux donné contre sa Aie? [plus? Vous, qu'elle craint toujours, ne la eraignez-\<ms Ses vœux, ses sentiments, vous sont-ils inconnus? Qui préviendra jamais, par dc< avis utiles, De son cœur outragé les vengeances faciles? Quels yeux intéressés à veiller sur vos jours Pourront de ses complots démêler les détour-? Son courroux aura-t-il quelque frein qui l'arrête? Et pensez-vous enfin que, lorsque votre lète Sera par vos soins môme exposée à ses coups, L'amour qui vous séduit lui parlera pour vous? Quoi donc! tant de mépris, celte horreur inhumai-
iiérode. [ne...
Ah! laissez-moi douter un moment de sa haine; Laissez-moi me liai 1er de regagner son cœur; Ne me détrompez poinl. respectez mon erreur. .le veux croire el je crois que votre haine allière Entre la reine el moi niellai l une barrière;
Que par vos cruautés son cœur s'est endurci ; Et que sans xous enfin j'eusse été moins haï.
SALOME.
Si vous pouviez savoir, si vous pouviez comprendre A quel point...
HÉRODE
Non, ma sœur, je ne veux rien entendre. Mariamne à son gré peut menacer mes jour- Ils me sont odieux; qu'elle en tranche le cour-. Je périrai du moins d'une main qui m'est chère.
SALOME.
Ah! c'est trop l'épargner, vous tromper et me taire. Je m'expose à me perdre et cherche à vous ser\ ir : Et je vais vous parler, dussiez-vous m'en punir. Époux infortuné qu'un vil amour surmonte! Connaissez Mariamne, et voyez votre honte : C'est peu des fiers dédains dont son cœur est armé, C'est peu de vous haïr, un autre en est aimé.
HÉRODE
Ln autre en est aimé! Pouvez-vous bien, barbare, Soupçonner devant moi la vertu la plus rare? Ma sœur, c'est donc ainsi que vous m'as-a>-inez! Laissez-vous pour adieux ces traits empoisonnés. Ces flambeaux de discorde, el la honte et Ja rage, Qui de mon cœur jaloux sont l'horrible partage? Mariamne... Mais non, je ne veux rien savoir : Vos conseils sur mon âme ont eu trop de pouvoir. Je vous ai longtemps crue, et les deux m'en pu-
[nissent.
Mon sort était d'aimer des cœurs qui me haïssent. Oui, c'est moi seul ici que vous persécutez.
SALOME.
Eh bien donc! loin de vous...
HÉRODE
Non, madame, arrêtez.
Un autre en est aimé! montrez-moi donc, cruelle, Le sang que doit Verser ma vengeance nouvelle; Poursuivez votre ouvrage, achevez mon malheur.
SALOME.
Puisque vous le voulez...
Frappe, voilà mon cœur.
Dis-moi qui m'a trahi; mais, quoi qu'il en puisse Songe que celte main t'en punira peut-être, [cire, Oui, je te punirai de m'oter mon erreur. Parle à ce prix.
SALOME,
N'importe.
HÉRODE
Eh bien!
SALOME.
C'est. ««