‹ Théâtre completChapitre 823 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

OBÉIDE, SULMA.

OBÉIDE.

Enfin je te revois.

SULMA.

Grands dieux ! que j'ai tremblé Lorsque, disparaissant à mon œil désolé, Vous avez traversé cette foule sanglante ! Vous affrontiez la mort de tous côtés présente; Des flots de sang humain roulaient entre nous deux : Quel jour ! quel hyménée! et quel sort rigoureux!

OBÉIDE.

Tu verras un spectacle encor plus effroyable.

SULMA .

Ciel ! on m'aurait dit vrai '....Quoi? votre main cou- Immolerait l'amant que vous avez aimé, [pable Pour satisfaire un peuple à sa perte animé !

OBÉIDE.

Moi complaire à ce peuple, aux monstres de Sey- A ces brutes humains pétris de barbarie, fthie, A ces âmes de fer et dont la dureté Passa longtemps chez nous pour noble fermeté, Dont on chérit de loin l'égalité paisible Et chez qui je ne vois qu'un orgueil inflexible, Une atrocité morne et qui, sans s'émouvoir, Croit dans le sang humain se baigner par devoir !... J'ai fui pour ces ingrats la cour la plus auguste, Un peuple doux, poli, quelquefois trop injuste, Mais généreux, sensible, et si prompt à sortir De ses iniquités par un beau repentir ! [terre ! Qui? moi ! complaire au Scythe !... 0 nations! ô 0 rois, qu'il outragea! Dieux, maîtres du tonnerre! Dieux témoins de l'horreur où l'on m'ose entraîner, Unissez-vous à moi, mais pour l'exterminer ! Puisse leur liberté, préparant leur ruine, Allumant la discorde et la guerre intestine, Acharnant les époux, les pères, les enfants, L'un sur l'autre entassés, l'un par l'autre expirants, Sous des monceaux de morts avec eux disparaître ! Que le reste en tremblant rougisse aux pieds d'un

[maître :

Que, rampant dans la poudre au bord de leur cercueil, Pour être mieux punis ils gardent leur orgueil ! Et qu'en mordant le frein du plus lâche esclavage, Ils vivent dans l'opprobre et meurent dans la rage I Où vais-je m'emporter? vains regrets ! vains éclats ! Les imprécations ne nous secourent pas : C'est moi qui suis esclave et qui suis asservie Aux plus durs des tyrans abhorrés dans l'Asie*

SULMA.

Vous n'êtes point réduite à la nécessité De servir d'instrument à leur férocité;

OBÉIDE.

Si j'avais refusé ce ministère horriblëj Athamare expirait d'une mort plus terrible.

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