‹ Théâtre completChapitre 822 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

SOZAME, OBÉIDE.

OBÉIDE.

Eh bien! qu'ordonuez-vous?

SOZAME.

Il fut un temps peut-être Où le plaisir affreux de me venger d'un maître Dans le cœur d'Athamare aurait conduit ta main; De son monarque ingrat j'aurais percé le sein; Il le méritait trop : ma vengeance lassée Contre les malheureux ne peut être exercée; Tous mes ressentiments sont changés en regrets.

OBÉIDE.

Avez-vousbien connu mes sentiments secrels? Dans le fond de mon cœur avez-vous daigné lire?

SOZAME.

Mes yeux t'ont vu pleurer sur le sang d'Indatirc, Mais je pleure sur toi dans ce moment cruel ; J'abhorre tes serments.

OBÉIDE.

Vous voyez cet autel, Ce glaive dont ma main doit frapper Athamare; Vous savez quels tourments un refus lui prépare : Après ce coup terrible... et qu'il me faut porter, Parlez... sur son tombeau voulez-vous habiter?

SOZAME.

J'y veux mourir.

OBÉIDE.

Vivez, ayez-en le courage.

Les Persans, disiez-vous, vengeront leur outrage; Les enfants d'Ecbatane, en ces lieux détestés, Descendront du Taurus à pas précipités : Les grossiers habitants de ces climats horribles Sont cruels, il est vrai, mais non pas invincibles. A ces tigres armés voulez-vous annoncer Qu'au fond de leur repaire on pourrait les forcer?

SOZAME.

On en parle déjà; les esprits les plus sages Voudraient de leur patrie écarter ces orages.

OBEIDE.

Achevez donc, seigneur, de les persuader : Qu'ils méritent le sang qu'ils osent demander; Et, tandis que ce sang de l'offrande immolée Baignera sous vos yeux leur féroce assemblée, Que tous nos citoyens soient mis en liberté, Et repassent les monts sur la foi d'un traité.

SOZAME.

Je l'obtiendrai, ma fille, et j'ose t'en répondre; Mais ce traité sanglant ne sert qu'à nous confondre. De quoi t'auront servi ta prière et mes soins? Athamare à l'autel en périra-t-il moins? Les Persans ne viendront que pour venger sa cendre, Ce sang de tant de rois, que ta main va répandre, Ce sang que j'ai haï, mais que j'ai révéré, Qui, coupable envers nous, n'en est pas moinssacré,

OBÉIDE.

lt l'est... Mais je suis Scythe... et le fus pour vous Le climat quelquefois change le caractère, [plaire :

SOZAME.

Ma fille 1

OBÉIDE.

C'est assez, seigneur, j'ai tout prévu ; J'ai pesé mes destins et tout est résolu. Une invincible loi me tient sous son empire : La victime est promise au père d'Indatire; Je tiendrai ma parole... Allez, il vous attend. Qu'il me garde la sienne... il sera trop content.

SOZAME.

Tu me glaces d'horreur.

OBÉIDE.

Allez, je la partage.

Seigneur,le temps est cher, achevez votre ouvrage; Laissez-moi m' affermir; mais surtout obtenez Un traité nécessaire à ces infortunés.

Vous prétendez qu'au moins ce peuple impitoyable Sait garder une foi toujours inviolable ; Je vous en crois... le reste est dans la main des sozame. [dieux.

Ils ne présagent rien qui ne soit odieux : Tout est horrible ici. Ma faible voix encore Tentera d'écarter ce que mon cœur abhorre ; Mais après tant de maux mon courage est vaincu. Quoi qu'il puisse arriver, ton père a trop vécu.

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