‹ Théâtre completChapitre 829 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

IRADAN, CÉSÊNE.

CÉSÈNE

Je suis las de servir. Souffrirons-nous, mon frère. Cet avilissement du grade militaire?

N'avez-vous avec moi, dans quinze ans de hasards, Prodigué votre sang dans les camps des Césars Que pour languir ici loin des regards du maître, Commandant subalterne et lieutenant d'un prêtre? Apamée à mes yeux est un séjour d'horreur. J'espérais près de vous montrer quelque valeur, Combattre sous voslois, suivre en tout votre exemple; Mais vous n'en recevez que des tyrans d'un temple. Ces mortels inhumains, à Pluton consacrés, Dictent par votre choix leurs décrets abhorrés : Ma raison s'en indigne, et mon honneur s'irrite De vous voir en ces lieux leur premier satellite.

IRADAN.

Ah! des mêmes chagrins mes sens sont pénétrés.

Moins violent que vous, je les ai dévorés;

Mais que faire? et qui suis-je? un soldat de fortune :

Né citoyen romain, mais de race commune,

Sans soutiens,sans patrons qui daignen t m'appuyer,

Sous ce joug odieux il m'a fallu plier.

Dés prêtres de Pluton, dans les murs d'Apamée,

L'autorité fatale est trop bien confirmée :

Plus l'abus est antique et plus il est sacré ;

Par nos derniers Césars on l'a vu révéré.

De l'empire persan l'Oronle nous sépare;

Gallien veut punir la nation barbare Chez qui Yalérien, victime des revers, Chargé d'ans et d'affronts, expira dans les l'ers. Venger la mort d'un père est toujours légitime. Le culte des Persans à ses yeux est un crime; Il redoute, ou du moins il feint de redouter Que ce peuple inconstant, prompt à se révolter, N'embrasse aveuglément cette secte étrangère, A nos lois, à nos dieux, à notre État contraire. Il dit que la Syrie a porté dans son sein De vingt cultes nouveaux le dangereux essaim; Que la paix de l'empire en peut être troublée, Et des Césars un jour la puissance ébranlée : C'est ainsi qu'il excuse un excès de rigueur.

CÉSÈNE

Il se trompe; un sujet gouverné par l'honneur Distingue en tous les temps l'État et sa croyance. Le trône avec l'autel n'est point dans la balance. Mon cœur est âmes dieux, mon bras à l'empereur. Eh quoi ! si des Persans vous embrassiez l'erreur, Aux serments d'un tribun seriez-vous moins fidèle? Seriez-vous moins vaillant? auriez-vous moins de Que César à son gré se venge des Persans; [zèle? Mais pourquoi parmi nous punir des innocents? Et pourquoi vous charger de l'affreux ministère Que partage avec vous un sénat sanguinaire?

IRADAN.

On prétend qu'à ce peuple il faut un joug de fer,

Une loi de terreur et des juges d'enfer.

Je sais qu'au Capitole on a plus d'indulgence;

Mais le cœur en ces lieux se ferme à la clémence :

Dans ce sénat sanglant les tribuns ont leur voix.

J'ai souvent amolli la dureté des lois;

Mais ces juges altiers contestent à ma place

Le droit de pardonner, le droit de faire grâce.

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