‹ Théâtre completChapitre 834 sur 1720 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LES PRÉCÉDENTS, ARZAME.

(Iradan est place' entre le premier et le second pontife.)

IRADAN.

Approchez-vous, ma fille, et reprenez vos sens.

LE GRAND-PRÊTRE

Vous avez à nos yeux, par un impur encens, Honorant un faux dieu qu'ont annoncé les mages, Aux vrais dieux des Romains refusé vos hommages ; A nos préceptes saints vous avez résisté; Rien ne vous lavera de tant d'impiété.

LE SECOND PRÊTRE

Elle ne répond point; son maintien, son silence, Sont aux dieux comme à nous une nouvelle offense.

IRADAN.

Prêtres, votre langage a trop de dureté,

Et ce n'est pas ainsi que parle l'équité :

Si le juge est sévère, il n'est point tyrannique.

Tout soldat que je suis, je sais comme on s'explique. . .

Ma fille, est-il bien vrai que vous ne suiviez pas

Le culte antique et saint qui règne en nos climats?

ARZAME.

Oui, seigneur, il est vrai.

LE GRAND-PRÊTRE

C'en est assez.

LE SECOND PRÊTRE

Son crime Est dans sa propre bouche, elle en sera victime.

IRADAN.

Non, ce n'est point assez; et si la loi punit Les sujets syriens qu'un mage pervertit, On borne la rigueur à bannir des frontières Les Persans ennemis du culte de nos pères. Sans doute elle est Persane; on peut de ce séjour L'envoyer aux climats dont elle tient le jour. Osez, sans vous troubler, dire où vous êtes née, Quelle est votre famille et votre destinée.

ARZAME.

Je rends grâce, seigneur, à tant d'humanité; Mais je ne puis jamais trahir la vérité. Mon cœur, selon ma loi, la préfère à la vie. Je ne puis vous tromper, ces lieux sont ma patrie.

IRADAN.

0. vertu trop sincère! ô fatale candeur! Eh bien ! prêtres des dieux, faut-il que votre cœur Ne soit point amolli du malheur qui la presse, De sa simplicité, de sa tendre jeunesse?

LE GRAND-PRÊTRE

Notre loi nous défend une fausse pitié : Au soleil à nos yeux elle a sacrifié; Il a vu son erreur, il verra son supplice.

ARZAME.

Avant de méjuger connaissez la justice : Votre esprit contre nous est en vain prévenu j

Vous punissez mon culte, il vous est inconnu.

Sachez que ce soleil qui répand la lumière, Ni vos divinités de la nature entière, Que vous imaginez résider dans les airs, [fers, Dans les vents, dans les flots, sur la terre, aux en- Ne sont point les objets que mon culte envisage; Ce n'est point au soleil à qui je rends hommage : C'est au Dieu qui le fit, au Dieu son seul auteur, Qui punit le méchant et le persécuteur, Au Dieu dont la lumière est le premier ouvrage.' Sur le front du soleil il traça son image; Il daigna de lui-même imprimer quelques traits Dans le plus éclatant de ses faibles portraits : Nous adorons en eux sa splendeur éternelle.

Zoroastre, embrasé des flammes d'un saint zèle, Nous enseigna ce Dieu que vous méconnaissez, Que par des dieux sans nombre en vain vous remplacez, El dont je crains pour vous la justice immortelle. Des grands devoirs de l'homme il donna le modèle : 11 veut qu'on soit soumis aux lois de ses parents, Fidèle envers ses rois, même envers ses tyrans, Quand on leur a prêté serment d'obéissance ;

Page 1