SCÈNE V
11UDAN, ARZAME.
IRADAN.
Tout au nom de César, et tout au nom des dieux ! C'est en ces noms sacrés qu'on fait des misérables : 0 pouvoirs'souverai ns, on vous en rend coupables! . . . Vous, jeune malheureuse, ayez un peu d'espoir. Vous me voyez chargé d'un funeste devoir ; Ma place est rigoureuse et mon âme indulgente. Des prêtres de Pluton la troupe intolérante Par un cruel arrêt vous condamne à périr; Un soldat vous absout et veut vous secourir.
Que l'on tremble surtout d'opprimer l'innocence ; Mais que puis-je contre eux? Le peuple les révère,
Qu'on garde la justice, et qu'on soit indulgent; Que le cœur et la main s'ouvrent à l'indigent. De la haine à ce cœur il défendit l'entrée ; Il veut que parmi nous l'amitié soit sacrée :
Ce sont là les devoirs qui nous sont imposés
Prêtres, voilà mon Dieu : frappez si vous l'osez.
IRADAN.
Vous ne l'oserez point; sa candeur et son âge, Sa naïve éloquence, et surtout son courage, Adouciront en vous cette âpre austérité Qu'un faux zèle honora du nom de piété. Pour moi, je vous l'avoue, un pouvoir invincible M'a parlé par sa bouche et m'a trouvé sensible : Je cède à cet empire, et mon cœur combattu En plaignant ses erreurs admire sa vertu. A ses illusions si le ciel l'abandonne, Le ciel peut se venger ;mais que l'homme pardonne. Dut César me punir d'avoir trop émoussé Le fer sacré des lois entre nos mains laissé, J'absous cette coupable.
LE GRAND-PRETRE
Et moi je la condamne.
Nous ne souffrirons pas qu'un soldat, un profane, Corrompant de nos lois l'inflexible équité, Protège ici l'erreur avec impunité.
LE SECOND PRÊTRE
îl faut savoir surtout quel mortel l'a séduite, Quel rebelle en secret la tient sous sa conduite, De son sang réprouvé quels sont les vils auteurs.
ABZAME.
Qui'? moi! j'exposerais mon père à vos fureurs? Moi, pour vous obéir, je serais parricide? Plus votre ordre est injuste et moins il m'intimide. Dites-moi quels lois, quelles edits, quels tyrans, Ont jamais ordonné de trahir ses parents.
L'empereur les soutient; leur ordre sanguinaire A mes yeux, malgré moi, peut être exécuté.
ARZAME.
Mon cœur est plus sensible à votre humanité Qu'il n'est glacé de crainte à l'aspect du supplice.
IRADAN.
Vous pourriez désarmer leur barbare injustice, Abjurer votre culte, implorer l'empereur; J'ose vous en prier.
ARZAME.
Je ne le puis, seigneur.
IRADAN.
Vous me faites frémir, et j'ai peine à comprendre Tant d'obstination dans un âge si tendre; Pour des préjugés vains aux nôtres opposés Vous prodiguez vos jours à peine commencés.
ARZAME.
Hélas ! pour adorer le Dieu de mes ancêtres 11 me faut donc mourir par la main de vos prêtres ! Il me faut expirer par un supplice affreux, Pour n'avoir pas appris l'art de penser comme eux ! Pardonnez cette plainte, elle est trop excusable ; Je n'en saurai pas moins d'un front inaltérable Supporter les tourments qu'on va me préparer, Et chérir votre main qui veut m'en délivrer.
IRADAN.
Ainsi vous surmontez vos mortelles alarme-. Vous, si jeune et si faible! et je verse des larmes! Je pleure, et d'un œil sec vous voyez le trépas! Non, malheureuse enfant, vous ne périrez pas : Je veux, malgré vous-même, obtenir votre grâce ; De vos persécuteurs je braverai l'audace. Laissez-moi seulement parler à vos parents : Qui sont-ils?