LES GUERRES, ACTE II, SCÈNE I
ARZAME.
Des mortels inconnus aux tyrans, Sans dignités, sans biens ; de leurs mains innoccn- IIs cultivaient en paix des campagnes riantes, [les Fidèles à leur culte ainsi qu'à l'empereur,
m AD AN.
An bruit de vos dangers ils mourront de douleur; Apprenez-moi leur nom.
ARZAME.
J'ai gardé le silence Quand de mes oppresseurs la barbare insolence Voulait que mes parents leur fussent décelés; Mon cœur fermé pour eux s'ouvre quand vous par- Mon père est Arzémon ; ma mère infortunée [lez. Quand j'étais au berceau finit sa destinée : A peine je l'ai vue, et tout ce qu'on m'a dit, C'est qu'un chagrin mortel accablait son esprit; Le ciel permet encor que le mien s'en souvienne : Elle mouillait de pleurs et sa couche et la mienne. Je uaquis pour la peine et pour l'affliction. Mon père m'éleva dans sa religion, [pure:
Je n'en connus point d'autre ; elle est simple, elle est C'est un présent divin des mains de la nature. Je meurs pour elle.
IRADAN.
0 ciel! ô dieux qui l'écoutez, Sur cette àme si belle étendez vos bontés! Mais parlez, votre père est-il dans Apamée?
ARZAME.
Non, seigneur, de César il a suivi l'armée : 11 apporte en son camp les fruits de ses jardins Qu'avec lui quelquefois j'arrosai de mes mains : Nos mœurs, vous le voyez, sont simples et rustiiradan. [ques.
Reste de l'âge d'or et des vertus antiques, Que n'ai-je ainsi vécu! que tout ce que j'entends Porte au fond de mon cœur des traits intéressants ! Vivez, ô noble objet ! ce cœur vous en conjure. J'en atteste cet astre et sa lumière pure, Lui par qui je vous vois et que vous révérez; S'il est sacré pour vous, vos jours sont plus sacrés, Et je perdrai ma place avant qu'en sa furie La main du fanatisme attente à votre vie... Vous la suivrez, soldats; mais c'est pour observer Si ces prêtres cruels oseraient l'enlever; Contre leurs attentats vous prendrez sa défense. 11 est beau de mourir pour sauver l'innocence. Allez.
ARZAME.
Ah! c'en est trop ; mes jours infortunés Méritent-ils, seigneur, les .soins que vous prenez? Modérez ces bontés d'un sauveur et d'un père.
Je m'emporte trop loin : ma pitié, ma colère, Me rendront trop coupable aux yeux du souverain ;
Je crains mes soldats môme, et ce terrible frein, Ce frein que l'imposture a su mettre au courage; Cet antique respect, prodigué d'âge en âge A nos persécuteurs, aux tyrans des esprits. Je verrai ces guerriers d'épouvante surpris; Ils se croiront souillés du plus énorme crime, S'ils osent refuser le sang de la victime. O superstition, que tu me fais trembler! Ministres de Pluton, qui voulez l'immolée, Puissances des enfers, et comme eux inflexibles, Non, ce n'est pas pour moi que vous serez terribles : l'n sentiment plus fort que votre affreux pouvoir Entreprend sa défense et m'en fait un devoir ; Il étonne mon âme, il l'excite, il la presse. Mon indignation redouble ma tendresse :
Vous adorez les dieux de l'inhumanité, Et je sers contre vous le Dieu de la bonté.
*V Vv