‹ Théâtre completChapitre 847 sur 1720 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

IRADAN; le jeune ARZÉMON, parcourant le fond de la scène d'un air inquiet et égaré.

0 mort! ô Dieu vengeur !

Ils me l'ont enlevée; ils m'arrachent le cœur... Où la trouver? où fuir? quelles mains l'ont coniradan. [duite !

Cet inconnu m'alarme : est-il un satellite Que ces juges sanglants se pressent d'envoyer Pour observer ces lieux et pour nous épier?

LE JEUNE ARZÉMON.

Ah!... la connaissez-vous?

IRADAN.

Ce malheureux s'égare.

Parle : que cherches-tu?

LE JEUNE ARZÉMON.

La vertu la plus rare...

La vengeance, le sang, les ravisseurs cruels, Les tyrans révérés des malheureux mortels... Arzame! chère Arzame!... Ah! donnez-moi des Que je meure vengé! [armes.

IRADAN.

Son désespoir, ses larmes, Ses regards attendris, tout furieux qu'ils sont, Les traits que la nature imprima sur son front, Tout me dit : c'est son frère.

LE JEUNE ARZÉMON.

Oui, je le suis.

IRADAN.

Arrête, Garde un profond silence, il y va de ta tête.

Je te l'apporte. Frappe.

IRADAN.

Enfants infortunés!

Dans quels lieux les destins les ont-ils amenés! Toi, le frère a" Arzame !

LE JEUNE ARZÉMON.

Oui, ton regard sévère Ne m'intimide pas.

IRADAN.

Ce jeune téméraire Me remplit à la fois d'horreur et de pitié; Il peut avec sa sœur être sacrifié.

LE JEUNE ARZÉMON.

Je viens ici pour l'être.

IRADAN.

O rigueurs tyranniques!

Ce sont vos cruautés qui font les fanatiques... Écoute, malheureux, je commande ce fort; Mais ces lieux sont remplis de ministres de mort, Je te protégerai; résous-toi de me suivre.

LE JEUNE ARZÉMON,

Puis-je la voir enfin?

IRADAN.

Tu peux la voir et vivre; Calme-toi.

Je ne puis... Ah! seigneur, pardonnez A mes sens éperdus, d'horreur aliénés. [sance, Quoi! ces lieux, dites-vous, sont en votre puis- Et l'on y traîne ainsi la timide innocence ! Vos esclaves romains de leurs bras criminels Ont arraché ma sœur aux foyers paternels ! De la mort, dites-vous, ma sœur est menacée; Vous la persécutez!

IRADAN.

Va, ton âme est blessée Par les illusions d'une fatale erreur.

Va, ne me prends jamais pour un persécuteur : Et sur elle et sur toi ma pitié doit s'étendre.

le jeune arzémon. [rendre;

Hélas! dois-je y compter?... daignez donc me la Daignez me rendre Arzame ou me faire mourir.

IRADAN.

Il attendrit mon cœur, mais il me fait frémir. Que mes bontés peut-être auront un sort funeste ! Viens, jeune infortuné, je t'apprendrai le reste. Suis mes pas.

LE JEUNE ARZÉMON.

J'obéis à vos ordres pressants ; Mais ne me trompez pas.

IRADAN.

O malheureux enfants !

Quel sort les entraîna dans ces lieux qu'on déteste ! De l'une j'admirais la fermeté modeste, Sa résignation, sa grâce, sa candeur; L'autre accroît ma pitié même par sa fureur. Un Dieu veut les sauver, il les conduit sans doute; Ce Dieu parle h mon cœur, il parle et je l'écoute.

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