SCÈNE VII
IRADAN; le jeune ARZÉMON, parcourant le fond de la scène d'un air inquiet et égaré.
0 mort! ô Dieu vengeur !
Ils me l'ont enlevée; ils m'arrachent le cœur... Où la trouver? où fuir? quelles mains l'ont coniradan. [duite !
Cet inconnu m'alarme : est-il un satellite Que ces juges sanglants se pressent d'envoyer Pour observer ces lieux et pour nous épier?
LE JEUNE ARZÉMON.
Ah!... la connaissez-vous?
IRADAN.
Ce malheureux s'égare.
Parle : que cherches-tu?
LE JEUNE ARZÉMON.
La vertu la plus rare...
La vengeance, le sang, les ravisseurs cruels, Les tyrans révérés des malheureux mortels... Arzame! chère Arzame!... Ah! donnez-moi des Que je meure vengé! [armes.
IRADAN.
Son désespoir, ses larmes, Ses regards attendris, tout furieux qu'ils sont, Les traits que la nature imprima sur son front, Tout me dit : c'est son frère.
LE JEUNE ARZÉMON.
Oui, je le suis.
IRADAN.
Arrête, Garde un profond silence, il y va de ta tête.
Je te l'apporte. Frappe.
IRADAN.
Enfants infortunés!
Dans quels lieux les destins les ont-ils amenés! Toi, le frère a" Arzame !
LE JEUNE ARZÉMON.
Oui, ton regard sévère Ne m'intimide pas.
IRADAN.
Ce jeune téméraire Me remplit à la fois d'horreur et de pitié; Il peut avec sa sœur être sacrifié.
LE JEUNE ARZÉMON.
Je viens ici pour l'être.
IRADAN.
O rigueurs tyranniques!
Ce sont vos cruautés qui font les fanatiques... Écoute, malheureux, je commande ce fort; Mais ces lieux sont remplis de ministres de mort, Je te protégerai; résous-toi de me suivre.
LE JEUNE ARZÉMON,
Puis-je la voir enfin?
IRADAN.
Tu peux la voir et vivre; Calme-toi.
Je ne puis... Ah! seigneur, pardonnez A mes sens éperdus, d'horreur aliénés. [sance, Quoi! ces lieux, dites-vous, sont en votre puis- Et l'on y traîne ainsi la timide innocence ! Vos esclaves romains de leurs bras criminels Ont arraché ma sœur aux foyers paternels ! De la mort, dites-vous, ma sœur est menacée; Vous la persécutez!
IRADAN.
Va, ton âme est blessée Par les illusions d'une fatale erreur.
Va, ne me prends jamais pour un persécuteur : Et sur elle et sur toi ma pitié doit s'étendre.
le jeune arzémon. [rendre;
Hélas! dois-je y compter?... daignez donc me la Daignez me rendre Arzame ou me faire mourir.
IRADAN.
Il attendrit mon cœur, mais il me fait frémir. Que mes bontés peut-être auront un sort funeste ! Viens, jeune infortuné, je t'apprendrai le reste. Suis mes pas.
LE JEUNE ARZÉMON.
J'obéis à vos ordres pressants ; Mais ne me trompez pas.
IRADAN.
O malheureux enfants !
Quel sort les entraîna dans ces lieux qu'on déteste ! De l'une j'admirais la fermeté modeste, Sa résignation, sa grâce, sa candeur; L'autre accroît ma pitié même par sa fureur. Un Dieu veut les sauver, il les conduit sans doute; Ce Dieu parle h mon cœur, il parle et je l'écoute.