‹ Théâtre completChapitre 848 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

Le jeune ARZÉMON, MÉGATISE.

LE JEUNE ARZÉMON.

Je marche dans ces lieux de surprise en surprise : Quoi ! c'esl toi que j'embrasse, ô mon cher Mégatise ! Toi, né chez les Persans, dans notre loi nourri, Et de mes premiers ans compagnon si chéri, Toi, soldat des Romains!

MÉGATISE.

Pardonne à ma faiblesse ; L'ignorance et l'erreur d'une aveugle jeunesse, Un esprit inquiet, trop de facilité, L'occasion trompeuse, enfin la pauvreté, Ce qui fait les soldats égara mon courage.

LE JEUNE ARZÉMON.

Métier cruel et vil! méprisable esclavage ! Tu pourrais être libre en suivant tes amis !

MÉGATISE.

Le pauvre n'est point libre; il sert en loul pays.

LE JEUNE ARZÉMON.

Ton sort près d'Iradan deviendra plus prospère.

MÉGATISE.

Va, des guerriers romains il n'est rien que j'espère.

Que dis-tu? le tribun qui commande en ce fort Ne t'a-l-il pas offert un généreux support?

mégatjse. [messe:

Ah ! crois-moi, les Romains tiennent peu leur proie connais Iradan ; je sais que dans Émesse, Amant d'une Persane, il en avait un fils; Mais apprends que, bientôt, désolant son pays, Sur un ordre du prince il détruisit la ville Où l'amour autrefois lui fournit un asile. Oui, les chefs, les soldats, à nuire condamnés, Font toujours tous les maux qui leur sont ordonnes. Nous en avons ici la preuve trop sensible Dans l'arrêt émané d'un tribunal horrible; De tous mes compagnons à peine une moitié Pour l'innocente Arzame écoute. la pitié, Pitié trop faible encore et toujours chancelante ! L'autre est prête à tremper sa main vile et sanglante Dans ce cœur si chéri, dans ce généreux flanc, A la voix d'un pontife altéré de son sang.

LE JEUNE ARZÉMON.

Cher ami, rendons grâce au sort, qui nous protège ; On ne commettra point ce meurtre sacrilège. Iradan la soutient de son bras protecteur, Il voit ce fier pontife avec des yeux d'horreur, Il écarte de nous la main qui nous opprime. Je n'ai plus de terreur, il n'est plus de victime; De la Perse à nos pas il ouvre les chemins.

MÉGATISE.

Tu penses que, pour toi. bravant ses souverains, Il hasarde sa perte?

LE JEUNE ARZÉMON.

Il le dit, il le jure; Ma sœur ne le croit point capable d'imposture : En un mot nous partons. Je ne suis affligé Que de partir sans toi, sans m'être encor vengé, Sans punir les tyrans.

MÉGATISE.

Tu m'arraches des larmes.

Quelle erreur t'a séduit? de quels funestes charmes, De quel prestige affreux tes yeux sont fascinés! Tu crois qu'Arzame échappe à leurs bras forcenés?

LE JEUNE ARZÉMON.

Je le crois.

MÉGATISE.

Que du fort on doit ouvrir la porte?

LE JEUNE ARZÉMON,

Sans doute-

MÉGATISE.

On te trahit ; dans une heure elle est morte,

LE JEUNE ARZÉMON.

Non, il n'est pas possible; on n'est pas si cruel.

MÉGATISE.

Ils ont fait devant moi le marché criminel; Le frère d'Iradan, ce Césène, ce traître, Trafique de sa vie et la vend au grand-prêtre: J'ai vu, j'ai vu signer le barbare traité.

LE JEUNE ARZÉMON.

Je meurs!... Que m'as-tu dit?

MÉGATISE.

L'horrible vérité.

Hélas! elle est publique, et mon ami l'ignore!

LE JEUNE ARZÉMON. [re....

O monstres! ô forfaits!... Mais non, je doute enco- Ah! comment en douter? mes yeux n'ont-ils pas vu Ce perfide Iradan devant moi confondu?

Des mots entrecoupés suivis d'un froid silence, Des regards inquiets que troublait ma présence, Un air sombre et jaloux, plein d'un secret dépit; Tout semblait en effet me dire : « Il nous trahit. »

MÉGATISE.

Je te dis que j'ai vu l'engagement du crime,

Que j'ai tout entendu, qu'Arzame est leur victime.

LE JEUNE ARZÉMON.

Détestables humains! quoi! ce môme Iradan.... Si fier, si généreux!

MÉGATISE.

N'est-il pas courtisan? [maître, Peut-être il n'en est point qui, pour plaire à son Ne se chargeai des noms d<; barbare et de traître»

LE JEUNE ARZÉMON.

Puis-je sauver Arzame?

MÉGATISE.

En ce séjour d'effroi Je t'offre mon épée, et ma vie est h toi. Mais ces lieux sont gardés, le fer est sur sa tète, De l'horrible bûcher la flamme est toute prête;

Page 1