‹ Théâtre completChapitre 85 sur 1720 · ACTE QUATRIÈME SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME SCÈNE I

SALOME, MAZAEL.

MAZAEL.

Quoi ! lorsque sans retour Mariamne est perdue. Quand la faveur d'Hérode à vos vœux est rendue, Dans ces sombres chagrins qui peut donc vous

[plonger?

Madame, en se vengeant, le roi va vous venger : Sa fureur est au comble; et moi-même je n'ose Regarder sans effroi les malheurs que je cause. Vous avez vu tantôt ce spectacle inhumain : Ces esclaves tremblants égorgés de sa main; Près de leurs corps sanglants la reine évanouie; Le roi, le bras levé, prêt à trancher sa vie; Ses fils baignés de pleurs, embrassant ses genoux, Et présentant leur tête au-devant de ses coups. Que vouliez-vous de plus? que craignez-ums encore?

SALOME.

Je crains le roi; je crains ces charmes qu'il adore, Ce bras prompt à punir, prompt à se désarmer, Cette colère enfin facile à s'enflammer, Mais qui, toujours douteuse et toujours aveuglée, En ses transports soudains s'est peut-être exhalée. Quel fruit me revient-il de ses emportements? Sohême a-t-ilpour moi de plus doux sentiments? Il me hait encor plus; et mon malheureux frère, Forcé de se venger d'une épouse adultère, Semble me reprocher sa honte et son •malheur. Il voudrait pardonner; dans le fond de son cœur 11 gémit en secret de perdre ce qu'il aime; 11 voudrait, s'il se peut, ne punir que moi-même : Mon funeste triomphe est encore incertain. J'ai deux fois en un jour vu changer mon destin: Deux fois j'ai nu l'amour succéder à la haine; Et nous sommes perdus s'il voit encor la reine.

MAZAEL.

Il vient : de quelle horreur il paraît agité!

SALOME.

Seigneur, votre vengeance est-elle en sûreté?

MAZAEL.

Me préserve le ciel que ma voix téméraire, D'un roi clément et sage irritant la colère, Ose se faire entendre entre la reine et lui! Mais, seigneur, contre vous Sohême est son appui. Non, ne vous vengez point, mais veillez sur vous- Redoutezses complots et lamain de Sohême. [même,

HÉRODE

Ah! je ne le crains point,

MAZAEL.

Seigneur, n'en doutez pas, De l'adultère au meurtre il n'est souvent qu'un pas.

HÉRODE

Que dites-vous?

Sohême, incapable de feindre, Fut de vos ennemis toujours le plus à craindre; Ceux dont il s'assura le coupable secours Ont parlé hautement d'attenter à vos jours.

HÉRODE

Mariamne me hait, c'est là son plus grand crime. Ma sœur, vous approuvez la fureur qui m'anime; Vous voyez mes chagrins, vous en avez pitié; Mon cœur n'attend plus rien que de votre amitié. Hélas! plein dune erreur trop fatale et trop chère, Je vous sacrifiais au seul soin de lui plaire : Je vous comptais dé'à parmi mes ennemis; Je punissais sur \ous sa haine et ses mépris. Ah! j'atteste à \os veux ma tendresse outragée Qu'avant la fin du jour nous «mi serez vengée; Je veux surtout, je veux, dans ma juste fureur, La punir du pouvoir qu'elle avait sur mon cœur. Hélas! jamais ce cœur ne brûla que pour elle; J'aimai, je délestai, j'adorai l'infidèle. • Et toi, Solième, et toi, ne crois pas m'échapper! Avant le coup mortel dont je dois te frapper, Va, je te punirai dans un autre toi-même : Tu verras cet objet qui m'abhorre et qui t'aime, Cet objet à mon cœur jadis si précieux, Dans l'horreur des tourments expirant à tes yeux ; Que sur toi, s«»u< mes coups, tout son sang rejail- Tu l'aimes, il suffît, sa mort est ton supplice, [lisse !

MAZAEL.

Ménagez, croyez-moi, des moments précieux; Et, tandis que Sohême est absent de ces.lieux, Que par lui, loin des murs, sa garde est dispersée, Saisissez, achevez une vengeance aisée.

SALOME.

Mais au peuple surtout cachez votre douleur. D'un spectacle funeste épargnez-vous l'horreur; Loin de ces tristes lieux, témoins de votre outrage,

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