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LES GUEBRES, ACTE III, SCÈNE Y

Dans le sein de son maître et de son bienfaiteur! Frapper, assassiner votre libérateur!

A mes veux! dansmesbras! Un coup si détestable, Un tel excès de rage est trop inconcevable.

ARZAME.

Ciel! Iradan n'est plus!

CÉSÈXE.

Les dieux, les justes dieux N'ont pas livré sa vie au bras du furieux : Je l'ai vu qui tremblait ; j'ai vu sa main cruelle S'affaiblir en portant l'atteinte criminelle.

ARZAME.

Je respire un moment.

CÉSÈXE, aux soldais.

Soldats qui me suivez, Déployez les tourments qui lui sont réservés. Parle; avant d'expirer, nomme-moi ton complice.

(Montrant Mégatise.) Est-ce ta sœur, ou lui? parle avant ton supplice... Tu ne me réponds rien... Quoi! lorsqu'on ta faveur Nous offensions, hélas ! nos dieux, notre empereur; Quand nos soins redoublés et l'art le plus pénible Trompaient pour te sauver ce pontife inflexible; Quand, tout prêts à partir de ce séjour d'effroi, Nous exposions nos jours et pour elle et pour toi, De nos bontés, grands dieux! voilà donc le salaire. arzàme. [frère.

Malheureux! qu'as-tu fait? Non, tu n'es pas mon Quel crime épouvantable en ton cœur s'est formé? S'il en est un plus grand, c'est de t'avoir aimé.

LE JEUiXE ARZÉJIOX, à CésèlW.

A la fin je retrouve un reste de lumière...

La nuit s'est dissipée... un jour affreux m'éclaire..,

Avant de me punir, avant de te venger,

Daigne répondre un mot; j'ose t'interroger... [Ire?

Ton frère envers nous deux n'était donc pas un trai-

11 n'allait pas livrer ma sœur à ce grand-prêtre?

CÉSÈXE.

La livrer, malheureux! il aurait fait couler Tout le sang des tyrans qui voulaient l'immoler.

LE JEUNE ARZÉMOXT.

Il suffit; je me jette à tes pieds que j'embrasse. A ton cher frère, à toi, je demande une grâce : C'est d'épuiser sur moi les plus affreux tourments Que la vengeance ajoute à la mort des méchants. Je les ai mérités : ton courroux légitime Ne saurait égaler mes remords et mon crime.

CÉSÈXE.

Soldats qui l'entendez, je le laisse en vos mains : Soyons justes, amis, et non pas inhumains ; Sa mort doit me suffire.

ARZAME.

Eh bien! il la mérite :

Mais joignez- 3 sa sœur, elle est déjà proscrite. La vie en tous les temps ne me fut qu'un fardeau Qu'il me faut rejeter dans la nuit du tombeau ; Je suis sa sœur, sa femme, et cette mort m'est due.

MÉGATISE.

Permettez qu'un moment ma voix soit entendue :

C'est moi qui dois mourir, c'est moi qui l'ai porté, l'ai* un avis trompeur, à tant de cruauté... • Seigneur, je vous ai vu, dans ce séjour de crime, Aux tyrans assemblés promettre la victime; Je l'ai vu, je l'ai dit : aurai s-je dû penser Que vous la promettiez pour les mieux abuser? JesuisGuèbre et grossier: j'ai trop cru l'apparence, Je l'ai trop bien instruit ; il en a pris vengeance. La faute en est à vous, vous qui la protégez. Votre frère est vivant; pesez tout, et jugez.

CÉSÈNE

Va, dans ce jour de sang, je juge que nous sommes Les plus infortunés de la race des hommes... Va, fille trop fatale à ma triste maison, Objet de tant d'horreur, de tant de trahison, Je ne me repens point de t'avoir protégée. Le traître expirera; mais mon âme affligée N'en est pas moins sensible à ton cruel destin. Mes pleurs coulent sur toi, mais ils coulent en vain. Tu mourras; aux tyrans rien ne peut te soustraire; Mais je te pleure encore en punissant ton frère. (Aux soldats.)

Revolons près du mien, secondons les secours Qui raniment encor ses déplorables jours.

ARZAME.

Dans sa juste colère il me plaint, il me pleure ! Tu vas mourir, mon frère, il est temps que je meure, Ou par l'arrêt sanglant de mes persécuteurs, Ou par mes propres mains, ou par tant de douleurs. . . 0 mort! ô destinée ! ô Dieu de la lumière! Créateur incréé de la nature entière, Être immense et parfait, seul être de bonté, As-tu fait les humains pour la calamité ? Quel pouvoir exécrable infecta ton ouvrage ! La nature est ta fille et l'homme est ton image. Arimane a-t-il pu défigurer ses traits Et créer le malheur ainsi que les forfaits? Est-il ton ennemi? Que sa puissance affreuse Arrache donc la vie à cette malheureuse! J'espère encore en toi, j'espère que la mort Ne pourra, malgré lui, détruire tout mon sort. Oui, je naquis pour toi, puisque tu m'as fait naître ; Mon cœur me l'a trop dit; je n'ai point d'autre mai- Cet être malfaisant qui corrompit ta loi [tre. Ne m'empêchera pas d'aspirer jusqu'à toi. Par lui persécutée, avec toi réunie, J'oublierai dans ton sein les horreurs de ma vie. Il en est une heureuse et je veux y courir : C'est pour vivre avec toi que tu me fais mourir.

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