‹ Théâtre completChapitre 854 sur 1720 · ACTE QUATRIÈME SCÈNE I · texte numérisé non relu

ACTE QUATRIÈME SCÈNE I

Le vieil ARZÉMON, MÉGàTJSE.

LE VIEIL ARZÉMON.

Tu gardes*cefte porte et tu retiens mes pas ! Tu me fais cet affront, toi, Mégatise!

MÉGATISE.

Hélas!

Triste et cher Arzémon, vieillard que je révère, Trop malheureux ami, trop déplorable père, Qu'exiges-tu de moi?

LE VIEIL ARZÉMON.

. Ce que doit l'amitié.

Pour servir les Romains, es-tu donc sans pitié ?

MÉGATISE.

Au nom delà pitié, fuis ce lieu d'injustices; Crains ce séjour de sang, de crimes, de supplices: Retourne en tes foyers, loin des yeux des tyrans; La mort nous environne.

LE VIEIL ARZEMOX.

Où sont mes chers enfants ?

MÉGATISE.

Je le l'ai déjà dit, leur péril est extrême;

Tu ne peux les servir, tu te perdrais toi-même.

LE VIEIL ARZÉMON.

N'importe, je prétends faire un dernier effort: Je veux, je dois parler au commandant du fort. N'est-ce pas Iradan que, pendant son voyage, L'empereur a nommé pour garder ce passage?

MÉGATISE.

C'est lui-même, il est vrai; mais crains de Carré ter: Hélas! il est bien loin de pouvoir t'écouter.

LE VIEIL ARZÉMON.

Il me refuserait une simple audience?

MÉGATISE, en pleurant.

Oui.

LE VIEIL ARZÉMON.

Sais-tu que César m'admet en sa présence, Qu'il daigne me parler?

MÉGATISE.

A toi?

LE VIEIL ARZÉMON,

Les pi as grands rois Vers les derniers humains s'abaissent quelquefois, Ils redoutent des grands le séduisant langage, Leur bassesse orgueilleuse et leur trompeur hom-

[mage; Mais, oubliant pour nous leur sombre majesté, Ils aiment à sourire à la simplicité.

Il reçoit de ma main les fruits de ma culture, Doux présents dont mon art embellit la nature. Ce gouverneur superbe a-t-il la dureté De rejeter l'hommage à ses mains présenté?

MEGATISE.

Quoi! tu ne sais donc pas ce fatal homicide, Ce meurtre affreux?

LE VIEIL ARZÉMON.

Je sais qu'ici tout m'intimide, Que l'inhumanité, la persécution, Menacent mes enfants et ma religion.

C'est ce que tu m'as dit, et c'est ce qui m'oblige A voir cet Iradan... son intérêt l'exige.

MÉGATISE.

Va, fuis; n'augmente point, par tes soins obstines, La foule des mourants et des infortunés.

LE VIEIL ARZÉMON.

Quel discours effroyable! explique-toi.

MÉGATISE.

Mon maître,

Mon chef, mon protecteur, est expirant peut-être.

LE VIEIL ARZÉMON.

Lui!

MÉGATISE.

Tremble de le voir.

LE VIEIL ARZÉMON.

Pourquoi m'en détourner?

MÉGATISE.

Ton fils, ton propre fils vient de l'assassiaer.

LE VIEIL ARZÉMON.

0 soleil, ô mon Dieu! soutenez ma vieille-

Qui ? lui ! ce malheureux, porter samain traîtresse. . .

Sur qui?... Pour un tel crime ai-je pu l'élever!

MÉGATISE.

Vois quel temps tu prenais; rien ne peut le sauver.

LE VIEIL ARZÉMON.

O comble de l'horreur! Hélas! dans son enfance J'avais cru de ses sens calmer la violence; Il était bon, sensible, ardent, mais généreux : Quel démon l'a changé? Quel crime!... ah! malheumégatise. [reux !

C'est moi qui l'ai perdu, j'en porterai la peine : Mais que ta mort au moins ne suive point la Écarte-toi, te dis-je. [mienne.

LE VIEIL ARZEMON.

Et qu'ai-je à perdre? hélas!

Quelques jours malheureux et voisins du trépas, Ce soleil, dont mes yeux, appesantis par l'âge. Aperçoivent à peine une infidèle image, Ces vains restes d'un sang déjà froid et glacé? J'ai vécu, mon ami; pour moi tout est passé : Mais avant de mourir je dois parler.

MÉGATISE.

Demeure ; Respecte d'Iradan la triste et dernière heure.

LE VIEIL ARZÉMON.

Infortunés enfants, et que j'ai trop aimés, J'allais unir vos cœurs l'un pour l'autre formés. Ne puis-je voir Arzame?

MÉGATISE.

Hélas! Arzame implore La mort dont nos tyrans la menacent encore.

LE VIEIL ARZEMON.

Que je voie Iradan.

MÉGATISE.

Que lou zèle empressé Respecte plus le sang que ton fils a versé; [sure, Attends qu'on sache au moins si, malgré sa bles- 11 reste assez de force encore à la nature Pour qu'il lui soit permis d'entendre un étranger.

LE VIEIL ARZÉMON. [ger !

Dans quel gouffre de maux le ciel veut nousplon-

MÉGATISE.

J'entends chez Iradan des clameurs qui m'alarment.

LE VIEIL ARZÉMON.

Tout doit nous alarmer.

MÉGATISE.

Que mes pleurs te désarment ; Mon père, éloigne-toi : peut-être il est mourant, Et son frère est témoin de son dernier moment. Cache-toi; je viendrai te parler et l'instruire.

le vieil arzémon. [duire,

Garde-toi d'y manquer... Dieu, qui m'as su con- Dieu, qui vois en pitié les erreurs des mortels, Daigne abaisser sur nous tes regards paternels !

Page 1