‹ Théâtre completChapitre 865 sur 1720 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

Les précédents, CÉSÈNE.

IRADAN.

Quelle nouvelle heureuse apportez-vous enfin?

césène.

J'apporte le malheur, et tel est mon destin. Ma fille, on nous opprime; une indigne cabale Aux portes du palais frappe sans intervalle : Le prétoire est séduit.

LE JEUNE ARZÉMON.

Que je suis alarmé!

Quoi! tout est contre nous!

CÉSÈNE

On a déjà nommé L:n nouveau commandant pour remplir votre place.

IRADAN.

C'en est fait, je vois trop notre entière disgrâce.

CÉSÈNE

Ah ! le malheur n'est pas de perdre son emploi, De cesser de servir, de vivre enfin pour soi...

iradan. [trompe!

Qu'on est faible, mon frère! et que le cœur se Je détestais ma place et son indigne pompe; Ses fonctions, ses droits, je voulais tout quitter : On m'en prive, et l'affront ne se peut supporter.

césène. [munes.

Ce n'est point un affront; ces pertes sont com- Préparons-nous, mon frère, à d'autres infortunes : Notre hymen malheureux, formé chez les Persans, Est déclaré coupable : on ôte à nos enfants Les droits de la nature et ceux de la patrie.

LE JEUNE ARZÉMON.

Je les ai tous perdus quand cette main impie, Par la rage égarée, et surtout par l'amour, A déchiré les flancs à qui je dois le joue; Mais il me reste au moins le droit de la vengeance, On ne peut me l'ôter.

ARZAME.

Celui de la naissance Est plus sacré pour moi que les droits des Romains ; Des parents généreux sont mes seuls souverains.

CÉSÈNE, l'embrassant.

Ah! ma fille, mes pleurs arrosent ton visage; Fille digne de moi, conserve ton courage.

ARZAME.

Nous en avons besoin.

CESENE.

Nos lâches oppresseurs Dédaignent ma colère, insultent ta nos pleurs, Demandent notre sang.

ARZAME.

J'en suis la cause unique :

J'étais le seul objet qu'un sacerdoce inique Voulait sur leurs autels immoler aujourd'hui, Pour n'avoir pu connaître un même dieu que lui. L'empereur serait-il assez peu magnanime Pour n'être pas content d'une seule victime? Du sang de ses sujets veut-il donc s'abreuver? Le dieu qui sur ce trône a voulu l'élever Nel'a-t-il fait si grand que pour ne rien connaître, Pour juger au hasard en despotique maître; Pour laisser opprimer ces généreux guerriers, Nos meilleurs citoyens, ses meilleurs officiers? Sur quoi? sur un arrêt des ministres d'un temple; Eux qui de la pitié devaient donner l'exemple; Eux qui n'ont jamais du pénétrer chez les rois Que pour y tempérer la dureté des lois: Eux qui, loin de frapper l'innocent misérable, Devaient intercéder, prier pour le coupable. Que fait votre César, invisible aux humains? De quoi lui sert un sceptre oisif entre ses mains? Est-il, comme vos dieux, indifférent, tranquille, Des maux du monde entier spectateur inutile?

CÉSÈNE

L'empereur jusqu'ici ne s'est point expliqué : On dit qu'à d'autres soins en secret appliqué, 11 laisse agir la loi.

IRADAN.

Loi vaine et chimérique!

Loi favorable aux grands, et pour nous tyrannique !

CÉSÈNE

Je n'ai qu'une ressource, et je vais la tenter : A César, malgré lui, je cours me présenter; Je lui crierai justice; et si les pleurs d'un père Ne peuvent adoucir ce despote sévère, S'il détourne de moi des yeux indifférents, S'il garde un froid silence, ordinaire aux tyrans, Je me perce à sa vue : il frémira peut-être : Il verra les effets du cœur d'un mauvais maître, Et, par mes derniers mots qui pourront l'étonner. Je lui dirai : « Barbare, apprends à gouverner. »

IRADAN.

Vous n'irez point sans moi.

CÉSÈNE

Quelle erreur vous entraine?

Votre corps affaibli se soutient avec peine, Votre sang coule encor... demeurez et vivez, Vivez, vengez ma mort un jour, si vous pouvez. Viens, Arzémon.

LE JEUNE ARZÉMON.

J'y vole.

ARZAME.

Arrêtez!... ô mon père!...

Cher frère ! cher époux !. .. ô ciel ! que vont-ils faire?

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