‹ Théâtre completChapitre 874 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

SYPHAX, une lettre à la main; soldats.

SYPHAX

Se peut-il qu'à ce point l'ingrate me trahisse? Sophonisbe! ma femme! écrire à Massinisse! A l'ami des Romains! que dis-je! à mon rival! Au déserteur heureux du parti d'Annibal, Qui me poursuit dans Cirthe, et qui bientôt peut- De mon trône usurpé sera l'indigne maître ! [être J'ai vécu trop longtemps. 0 vieillesse! ô destins! Ah ! que nos derniers jours sont rarement sereins! Que tout sert à ternir notre grandeur première ! Et qu'avec amertume on finit sa carrière ! A mes sujets lassés ma vie est un fardeau; On insulte à mon âge; on ouvre mon tombeau. Lâches, j'y descendrai, mais non pas sans vengeante w.r soldats.) [ce.

Que la reine à l'instant paraisse en ma présence.

(Il s'assied, et lit la lettre.) Qu'on l'amène, vous dis-je. Époux infortuné, Vieux soldat qu'on trahit, monarque abandonné, Quel fruit peux-tu tirer de ta fureur jalouse? Seras-tu moins à plaindre en perdant ton épouse? Cet objet criminel, à tes pieds immolé, Raffermira-t-il mieux ton empire ébranlé? [re? Dans la mort d'une femme est-il donc quelque gloi- Est-ce là tout l'honneur qui reste à ta mémoire? Venge-toi d'un rival, venge-toi des Romains; Ranime dans leur sang tes languissantes mains; Va finir sur la brèche un destin qui t'accable. Qu'on te trahisse ou non, ta mort est honorable ; Et l'on dira du moins, en respectant mon nom : « Il mourut en soldat des mains de Scipion. »

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