SYPHAX, SOPHONISBE, PH^DIME
SOPHONISBE
Que voulez-vous, Syphax? et quelle tyrannie Traîne ici votre épouse avec ignominie?
Vos Numides tremblants, courageux contre moi, Pour la première fois ont bien servi leur roi ; A votre ordre suprême ils ont été dociles. Peut-être sur nos murs ils seraient plus utiles, Mais vous les employez dans votre tribunal A conduire à vos pieds la nièce d'Annibal ! Je conçois leur valeur et je lui rends justice. Quel est mon crime enfin? quel sera mon supplice?
SYPHAX, lui donnant la lettre.
Connaissez votre seing : rougissez, et tremblez.
SOPHONISBE
Dans les malheurs communs qui nous ont désolés, J'ai frémi, j'ai pleuré de voir la Numidie Aux fiers brigands du Tibre en deux mois asservie. Scipion, Massinisse, heureux dans les combats, M'ont fait rougir, seigneur; mais je ne tremble pas.
SYPHAX
Perfide !
SOPHONISBE
Épargnez-moi cette injure odieuse, Pour vous, pour votre femme également honteuse. Nos murs sont assiégés; vous n'avez plus d'appui, Et le dernier assaut se prépare aujourd'hui. J'écris à Massinisse en cette conjoncture, Je rappelle à son cœur les droits de la nature, Les nœuds trop oubliés du sang qui nous unit. Seigneur, si vous l'osez, condamnez cet écrit.
(Elle lit.) Vous êtes de mon sang; je vous fus longtemps chère, Et vous persécutez vos parents malheureux. Soyez digne de vous; le brave est généreux :
Reprenez votre gloire et votre caractère
(Syphax lui arrache la lettre.)