‹ Théâtre completChapitre 887 sur 1720 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

SOPHONISBE, PH^EDIME.

SOPHONISBE

Je demeure interdite. Un si grand changement A saisi mes esprits d'un long étonnement. [me Que j e l'ai mal connu ! . . . Faut-il qu'un si grand nom- Ait détruit mon pays et qu'il ait servi Rome? Tous mes sens sont ravis, mais ils sont effrayés; Scipion dans nos murs, Massinisse à mes pieds, Sophonisbe, en un jour, captive et triomphante, L'ombre de mon époux terrible et menaçante, Le comble des horreurs et des prospérités, Les fers, le diadème, à mes yeux présentés, Ce rapide torrent de fortunes contraires Me laisse encor douter de mes destins prospères.

ph.edime.

Ah! croyez-en du moins le pouvoir de vos yeux : S'il respecte dans vous le nom de vos aïeux, S'il dépose à vos pieds l'orgueil de sa conquête Et les lauriers sanglants qui couronnent sa tête, Peut-être un seul regard a plus fait sur son cœur Que toutes les vertus, l'alliance, et l'honneur. Mais ces vertus enfin, que dans Cirthe on admire, Qui sur tous les esprits lui donnent tant d'empire, Autorisent les feux que vous vous reprochiez : La gloire qui le suit les a justifiés. Non, ce n'est pas assez que, dans Cirthe étonnée, Vous viviez sous le nom de reine détrônée, [royal Qu'on vous laisse un vain titre, et qu'un bandeau D'un front chargé d'ennui soit l'ornement fatal : La pitié peut donner ces honneurs inutiles, D'un malheur véritable amusements stériles ; L'amour ira plus loin, j'ose vous en flatter: Syphax est au tombeau....

sophonisbe.

Cesse de m'insuller; Ne me présente point ce qui me déshonore : Tu parles à sa veuve, et son sang fume encore.

ph^dime.

Songez qu'au rang des rois vous pouvez remonter : L'ombre de votre époux s'en peut-elle irriter?

SOPHONISBE

Ma gloire s'en irrite; il faut t'ouvrir mon âme.

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