‹ Théâtre completChapitre 89 sur 1720 · MARIAMNE, ACTE IV, SCÈNE VI · texte numérisé non relu

MARIAMNE, ACTE IV, SCÈNE VI

Vous, de tous mes parents destructeur odieux; Vous, teint du sang d'un père expirant âmes yeux? Cruel ! ah! si du moins votre fureur jalouse N'eût jamais attenté qu'aux jours de votre épouse, Les cieux me sont témoins que mon cœur tout à

[vous Vous chérirait encore en mourant par vos coups. Mais qu'au moins mon trépas calme votre furie ; N'étendez point mes maux au-delà de ma vie : Prenez soin de mes fils, respectez votre sang ; Ne les punissez pas d'être nés dans mon flanc; Hérode, ayez pour eux des entrailles de père, [mère; Peut-être un jour, hélas ! vous connaîtrez leur Vous plaindrez, mais trop tard, ce cœur infortuné Que seul dans l'univers vous avez soupçonné ; Ce cœur qui n'a point su, trop superbe peut-être, Déguiser ses douleurs et ménager un maître, Mais qui jusqu'au tombeau conserva sa vertu, Et qui vous eût aimé si vous l'aviez voulu.

hérode. [prême

Qu'ai-je entendu? quel charme et quel pouvoir su- Commande à ma colère et m'arrache à moi-même? Mariamne....

MARIAMNE

Cruel!...

HÉRODE

0 faiblesse ! ô fureur !

MARIAMNE

De l'état où je suis voyez du moins l'horreur. Otez-moi par pitié cette odieuse vie.

HÉRODE

Ah ! la mienne à la vôtre est pour jamais unie. C'en est fait, je me rends : bannissez votre effroi ; Puisque vous m'avez vu, vous triomphez de moi. Vous n'avez plus besoin d'excuse et de défense; Ma tendresse pour vous vous tient lieu d'innocence. En est-ce assez, ô ciel ! en est-ce assez, amour? C'est moi qui vous implore et qui tremble à mon tour. Serez-vous aujourd'hui la seule inexorable ? Quand j'ai tout pardonné, serai-je encor coupable? Mariamne, cessons de nous persécuter :

Nos cœurs ne sont-ils faits que pour se détester ! Nous faudra-t-il toujours redouter l'un et l'autre? Finissons à la fois ma douleur et la vôtre. Commençons sur nous-même à régner en ce jour ; Rendez-moi votre main, rendez-moi votre amour.

MARIAMNE

Vous demandez ma main ! Juste ciel que j'implore, Vous savez de quel sang la sienne fume encore !

HÉRODE

Eh bien ! j'ai fait périr et ton père et mon roi ; J'ai répandu son sang pour régner avec toi; Ta haine en est le prix, ta haine est légitime : Je n'en murmure point, je connais tout mon crime. Que dis-je? son trépas, l'affront fait à tes fils, Sont les moindres forfaits que mon cœur ait commis. Hérode a jusqu'à toi porté sa barbarie ; Durant quelques moments je t'ai même haïe : J'ai fait plus, ma fureur a pu te soupçonner ;

Et l'effort des vertus est de me pardonner. D'un trait si généreux ton cœur seul est capable; Plus Hérode à tes yeux doit paraître coupable, Plus ta grandeur éclate à respecter en moi Ces nœuds infortunés qui m'unissent à toi. Tu vois où je m'emporte et quelle est ma faiblesse : Garde-toi d'abuser du trouble qui me presse. Cher et cruel objet d'amour et de fureur, Si du moins la pitié peut entrer dans ton cœur, Calme l'affreux désordre où mon âme s'égare. Tu détournes les yeux.... Mariamne....

MARIAMNE

Ah ! barbare !

Un juste repentir produit-il vos transports, Et pourrai-je, en effet, compter sur vos remords?

HÉRODE

Oui, tu peux tout sur moi, si j'amollis ta haine. Hélas! ma cruauté, ma fureur inhumaine, C'est toi qui dans mon cœur as su la rallumer ; Tu m'as rendu barbare en cessant de m'aimer ; Que ton crime et le mien soient noyés dans mes Je te jure.... [larmes!

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