MASSINISSE, SOPHONISBE
massinisse» [prime,
Eh bien! connaissez-vous quelle horreur vous op- D'où sommes-nous tombés, dans quel affreux abîme Un jour, un seul moment, nous a tous deux conduits? De notre heureux hymen ce sont les premiers fruits, Savez-vous des Romains la barbare insolence, Et qu'il nous faut enfin tout souffrir sans vengeance?
SOPHONISBE
Nous n'avons qu'un recours, le fer ou le poison.
MASSINISSE
Nous sommes désarmés; ces murs sont ma prison. Scipion vivrait-il si j'avais eu des armes?
Ali ! cherchons les moyens de finir tant d'alarmes: Trop de honte nous suit, et c'est trop de revers. J'ai deux fois aujourd'hui passé du trône aux fers. Je ne puis me venger de mes indignes maîtres; Je ne puis me baigner dans le sang de ces traîtres; Arrache-moi la vie et meurs auprès de moi; Sophonisbe deux fois sera libre par toi.
MASSINISSE
Tu le veux?
SOPHONISBE
Tu le dois.
MASSINISSE
Je frémis, je t'admire.
SOPHONISBE
Je te devrai ma mort, je te devais l'empire; J'aurai reçu de toi tous mes biens en un jour.
MASSINISSE
Quels biens! ah! Sophonisbe!
SOPHONISBE
Objet de mon amour!
Ame tendre! âme noble! expie avec courage Le crime que tu fis en combattant Carthagc. Sauve-moi.
MASSINISSE
Par la mort?
Sans doute. Aimes-tu mieux Me voir avec opprobre arracher de ces lieux? Roi soumis aux Romains, et mari d'une esclave, Aimes-tu mieux servir le tyran qui te brave, Me voir sacrifiée à son ambition?
Ecrasons, en mourant, l'orgueil de Scipion.
MASSINISSE
Va, sors : je vois de loin des Romains qui m'épient. De tous les malheureux ces monstres se défient. Va, nous nous rejoindrons.
SOPHONISBE
Arbitre de mon sort, Souviens-toi de ma gloire : adieu jusqu'à ma mort.
(Elle son.)