‹ Théâtre completChapitre 904 sur 1720 · MASSINISSE, SOPHONISBE · texte numérisé non relu

MASSINISSE, SOPHONISBE

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Eh bien! connaissez-vous quelle horreur vous op- D'où sommes-nous tombés, dans quel affreux abîme Un jour, un seul moment, nous a tous deux conduits? De notre heureux hymen ce sont les premiers fruits, Savez-vous des Romains la barbare insolence, Et qu'il nous faut enfin tout souffrir sans vengeance?

SOPHONISBE

Nous n'avons qu'un recours, le fer ou le poison.

MASSINISSE

Nous sommes désarmés; ces murs sont ma prison. Scipion vivrait-il si j'avais eu des armes?

Ali ! cherchons les moyens de finir tant d'alarmes: Trop de honte nous suit, et c'est trop de revers. J'ai deux fois aujourd'hui passé du trône aux fers. Je ne puis me venger de mes indignes maîtres; Je ne puis me baigner dans le sang de ces traîtres; Arrache-moi la vie et meurs auprès de moi; Sophonisbe deux fois sera libre par toi.

MASSINISSE

Tu le veux?

SOPHONISBE

Tu le dois.

MASSINISSE

Je frémis, je t'admire.

SOPHONISBE

Je te devrai ma mort, je te devais l'empire; J'aurai reçu de toi tous mes biens en un jour.

MASSINISSE

Quels biens! ah! Sophonisbe!

SOPHONISBE

Objet de mon amour!

Ame tendre! âme noble! expie avec courage Le crime que tu fis en combattant Carthagc. Sauve-moi.

MASSINISSE

Par la mort?

Sans doute. Aimes-tu mieux Me voir avec opprobre arracher de ces lieux? Roi soumis aux Romains, et mari d'une esclave, Aimes-tu mieux servir le tyran qui te brave, Me voir sacrifiée à son ambition?

Ecrasons, en mourant, l'orgueil de Scipion.

MASSINISSE

Va, sors : je vois de loin des Romains qui m'épient. De tous les malheureux ces monstres se défient. Va, nous nous rejoindrons.

SOPHONISBE

Arbitre de mon sort, Souviens-toi de ma gloire : adieu jusqu'à ma mort.

(Elle son.)

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