SCENE I
TEUCER, DÏCTIME.
teucer. [grands,
Quoi! toujours, cher ami, ces archontes, ces Feront parler les lois pour agir en tyrans ! Minos, qui fut cruel, a régné sans partage; Mais il ne m'a laissé qu'un pompeux esclavage, Un titre, un vain éclat, le nom de Majesté, L'appareil du pouvoir et nulle autorité. J'ai prodigué mon sang, je règne, et l'on me brave. Ma pitié, ma bonté pour cette jeune esclave Semble dicter l'arrêt qui condamne ses jours; Si je l'avais proscrite, elle aurait leur secours. Tel est l'esprit des grands, depuis que la naissance A cessé de donner la suprême puissance; [tager, Jaloux d'un vain honneur, mais qu'on peut par- Ils n'ont choisi des rois que pour les outrager.
DICTIME.
Ce trône a ses périls, je les connais sans doute; Je les ai vus de près; je sais ce qu'il en coûte. J'aimais Idoménée ; il mourut exilé, En pleurant sur un fils par lui-même immolé. Par le sang de ce fils il crut plaire à la Crète; Mais comment subjuguer la fureur inquiète De ce peuple inconstant, courageux, égaré, Vive image des mers dont il est entouré? Ses flots sont élevés, mais c'est contre le trône ; Une sombre tempête en tout temps l'environne. Le sort vous a réduit à combattre à la fois Les durs Cydoniens et vos jaloux Cretois,
Les uns dans les conseils, les autres par les armes ; Et chaque instant pour vous redouble nos alarmes : Hélas! des meilleurs rois c'est souvent le destin; Leurs pénibles travaux se succèdent sans fin : Mais que votre pitié pour cette infortunée, Par le cruel Phares à mourir condamnée, N'ait pas, à votre exemple, attendri tous les cœurs ; Que ce saint homicide ait des approbateurs; Qu'on ait justifié cet usage exécrable: [ble.
C'est là ce qui m'étonne, et cette horreur m'accateucer. [chis,
Que veux- tu? ces guerriers sous les armes blan- Vieux superstitieux aux meurtres endurcis, Destructeurs des remparts où l'on gardait Hélène, Ont vu d'un œil tranquille égorger Polyxène. Ils redoutaient Calchas ; ils tremblent à mes yeux Sous un Calchas nouveau, plus implacable qu'eux. Tel est l'aveuglement dont la Grèce est frappée : Elle est encor barbare; et de son sang trempée, A des dieux destructeurs elle offre ses enfants : Ses fables sont nos lois, ses dieux sont nos tyrans. Thèbes, Mycène, Argos, vivront dans la mémoire; D'illustres attentats ont fait toute leur gloire. La Grèce a des héros, mais injustes, cruels, Insolents dans le crime et tremblants aux autels. Ce mélange odieux m'inspire trop de haine. Je chéris la valeur, mais je la veux humaine. Ce sceptre est un fardeau trop pesant pour mon S'il le faut soutenir par des assassinats : [bras, Je suis né trop sensible; et mon âme attendrie Se soulève aux dangers de la jeune Astérie; J'admire son courage et je plains sa beauté. Ami, je crains les dieux ; mais dans ma piété Je croirais outrager leur suprême justice, Si je pouvais offrir un pareil sacrifice.
DICTIME.
On dit que de Cydon les belliqueux enfants [temps Du fond de leurs forêts viendront dans peu de