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LES LOIS DE MINOS, ACTE II, SCÈNE L

A peine ai-je touché cette terre ennemie : J'arrive : je demande Astérie à Ion roi, A tes dieux, à ton peuple, à tout ce que je voi; Je viens ou la reprendre ou périr avec elle. Une Hélène coupable, une illustre infidèle, Arma dix ans vos Grecs indignement séduits; Une cause plus juste ici nous a conduits ; Nous vous redemandons la vertu la plus pure : Rendez-moi mon seul bien; réparez mon injure. Tremblez de m'outrager; nous avons tous promis D'être jusqu'au tombeau vos plus grands ennemis; Nous mourrons dans les murs de vos cités en

[flammes, Sur les corps expirants de vos fils, de vos femmes...

(A Die lime.) Guerrier, qui que tu sois, c'est à toi de savoir Ce que peut le courage armé du désespoir. Tu nous connais : préviens le malheur de la Crète.

DICTIME.

Nous savons réprimer cette audace indiscrète. J'ai pitié de l'erreur qui paraît l'emporter. Tu demandes la paix et viens nous insulter ! Calme tes vains transports; apprends, jeune bar-

[bare, Que pour toi, pour les tiens, mon prince se déclare ; Qu'il épargne souvent le sang qu'on veut verser; Qu'il punit à regret, qu'il sait récompenser; Qu'intrépide aux combats, clément dans la victoire, Il préfère surtout la justice à la gloire : Mérite de lui plaire.

DATAME.

Et quel est donc ce roi?

S'il est grand, s'il est bon, que ne vient-il à moi? Que ne me parle-t-il?... La vertu persuade. Je veux l'entretenir.

DICTIME.

Le chef de l'ambassade Doit paraître au sénat avec tes compagnons, 11 faut se conformer aux lois des nations.

DATAME.

Est-ce ici son palais?

DICTIME.

Non ; ce vaste édifice Est le temple où des dieux j'ai prié la justice De détourner de nous les fléaux destructeurs, D'éclairer les humains, de les rendre meilleurs. Minos bâtit ces murs fameux dans tous les âges, Et cent villes de Crète y portent leurs hommages.

DATAME.

Qui? Minos? ce grand fourbe et ce roi si cruel? Lui, dont nous détestons et le trône et l'autel ; Qui les teignit de sang? lui, dont la race impure Par des amours affreux étonna la nature? Lui, qui du poids des fers nous voulut écraser, Et qui donna des lois pour nous tyranniser? Lui, qui du plus pur sang que votre Grèce honore Nourrit sept ans ce monstre appelé Minotaure?

Lui, qu'enfin vous peignez, dans vos mensonges

[vains, Au bord de l'Achéron jugeant tous les humains, Et qui ne mérita, par ses fureurs impies, Que d'éternels tourments sous les mains des furies? Parle : est-ce là ton sage? est-ce là ton héros? Crois-tu nous effrayer à ce nom de Minos? Oh! que la renommée est injuste et trompeuse! Sa mémoire à la Grèce est encor précieuse ; Ses lois et ses travaux sont par nous abhorrés. On méprise en Cydon ce que vous adorez ; On y voit en pitié les fables ridicules Que l'imposture étale à vos peuples crédules.

D1CTIMF.

Tout peuple a ses abus, et les nôtres sont grands ; Mais nous avons un prince ennemi des tyrans, Ami de l'équité, dont les lois salutaires Aboliront bientôt tant de lois sanguinaires. Prends confiance en lui. sois sur de ses bienfaits : Je jure par les dieux

DATAME.

Ne jure point; promets...

Promets-nous que ton roi sera juste et sincère; Qu'il rendra dès ce jour Astérie à son père... De ses autres bienfaits nous pouvons le quitter. Nous n'avons rien à craindre et rien à souhaiter; La nature pour nous fut assez bienfaisante : Aux creux de nos vallons sa main toute-puissante A prodigué ses biens pour prix de nos travaux; Nous possédons les airs, et la terre et les eaux ; Que nous faut-il de plus? Brillez dans vos cent vil- De l'éclat fastueux de vos arts inutiles; [les

lia culture des champs, la guerre, sont nos arts; L'enceinte des rochers a formé nos remparts: ftre. Nous n'avons jamais eu, nous n'aurons point de maî- Nous voulons des amis : méritez-vous de l'être?

DICTIME.

Oui, Teucer en est digne; oui , peut-être aujourd'hui , En le connaissant mieux, vous combattrez pour lui,

DATAME.

Nous !

DICTIME.

Vous-même. 11 est temps que nos haines finissent, Que, pour leur intérêt, nos deux peuples s'unissent. Je ne te réponds pas que ta dure fierté Ne puisse de mon roi blesser la dignité;

(A sa suite.) Mais il l'estimera. Vous, allez; qu'on prépare [re ; Ce que les champs de Crète ont produit de plus ra- Qu'on traite avec respect ces guerriers généreux.

(Ils sortent.) Puissent tous les Cretois penser un jour comme eux ! Que leur franchise est noble, ainsi que leur coura- Lelion n'est point né pour souffrir l'esclavage, [ge! Qu'ils soient nos alliés, et non pas nos sujets. Leur mâle liberté peut servir nos projets. J'aime mieux leur audace et leur candeur hautaine Que les lois de la Crète et tous les arts d'Athène.

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