SCÈNE II
Les Précédents; un Cydonien, arrivant.
LE CYDONIEN.
Ah ! savez-vous le crime ?
DATAME.
0 ciel! que me dis-tu?
Quel désespoir est peint sur ton front abattu? Parle, parle.
LE CYDONIEN.
Astérie...
DATAME.
Eh bien ?
LE CYDONIEN.
Cet édifice, Ce lieu qu'on nomme temple est prêt pour son supdatame. [plice.
Pour Astérie !
LE CVDONIEN.
Apprends que, dans ce même jour, En cette même enceinte, en cet affreux séjour, De je ne sais quels grands la horde forcenée Aux bûchers dévorants l'a déjà condamnée : Il apaisent ainsi Jupiter offensé.
DATAME.
Elle est morte !
LE PREMIER CYDONIEN.
Ah ! grand dieu !
LE SECOND CYDONIEN.
L'arrêt est prononcé ; On doit l'exécuter dans ce temple barbare : [rc ! Voilà, chers compagnons, la paix qu'on nous prépa- Sous un couteau perfide, et qu'ils ont consacré, Son sang, offert aux dieux, va couler à leur gré, Et dans un ordre auguste ils livrent à la flamme Ces restes précieux adorés par Datame.
DATAME.
Je me meurs.
(// tombe entre les bras d'un Cydonien.) LE PREMIER CYDONIEN.
Peut-on croire un tel excès d'horreurs?
UN CYDONIEN.
Il en est encore un bien cruel à nos cœurs, Celui d'être en ces lieux réduits à l'impuissance D'assouvir sur eux tous notre juste vengeance, De frapper ces tyrans de leurs couteaux sacrés, De noyer dans leur sang ces monstres révérés.
DATAME, revenant à lui.
Qui? moi ! je ne pourrais, ô ma chère Astérie, Mourir sur les bourreaux qui t'arrachent la vie !... Je le pourrai, sans doute... O mes braves amis. Montrez ces sentiments que vous m'avez promis : Périssez avec moi. Marchons.
(On entend une voix d'une des tours.) Datame, arrête !
DATAME.
Ciel!... d'où part cette voix? quels dieux ont sur ma Fait au loin dans les airs retentir ces accents? [tète Est-ce une illusion qui vient troubler mes sens?
(La même voix.) Datame!...
DATAME.
C'est la voix d'Astérie elle-même !
Ciel ! qui la fis pour moi, Dieu vengeur, Dieu suprè- Ombre chère et terrible à mon cœur désolé, [me ! Est-ce du sein des morts qu'Astérie a parlé ?
UN CYDONIEN.
Je me trompe, ou du fond de cette tour antique Sa voix faible et mourante à son amant s'explique.
DATAME.
Je n'entends plus ici la fille d'Azémon; Serait-ce là sa tombe? est-ce là sa prison? Les Cretois auraient-ils inventé l'une et l'autre?
LE CYDONIEN.
Quelle horrible surprise est égale à la nôtre ?
DATAME.
Des prisons! est-ce ainsi que ces adroits tyrans Ont bâti, pour régner, les tombeaux des vivants?
UN CYDONIEN. [llCS?
N'aurons-nous point de traits, d'armes et de machi- Xe pourrons-nous marcher sur leurs vastes ruines ? DATAME avance vers la tour. [dieux !
Quel nouveau bruit s'entend? Astérie ! ah ! grands C'est elle, je la vois, elle marche en ces lieux... Mes amis, elle marche à l'affreux sacrifice : Et voilà les soldats armés pour son supplice.