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LES LOIS DE MINOS, ACTE IV, SCÈNE II

Ils ont fait, malgré moi, leur noire destinée. L'arrêt est-il porté?

LE HÉRAUT

Seigneur, on doit d'abord Livrer sur nos autels Astérie à la mort ; Bientôt tout sera prêt pour ce grand sacrifice ; On réserve Datame aux horreurs du supplice : On ne veut point sans vous juger son attentat; Et la seule Astérie occupe le sénat.

TEUCER.

C'est Datame, en effet, c'est lui seul qui l'immole; Mes efforts étaient vains, et ma bonté frivole. Revolons aux combats; c'est mon premier devoir, C'est là qu'est ma grandeur, c'est là qu'est mon Mon autorité faible est ici désarmée : [pouvoir : J'ai ma voix au sénat, mais je règne à l'armée.

LE HÉ HAUT

Le père d'Astérie, accablé par les ans,

Les yeux baignés de pleurs, arrive à pas pesants,

Se soutenant à peine, et d'une voix tremblante

Dit qu'il apporte ici pour sa fille innocente

Une juste rançon dont il peut se flatter

Que votre cœur humain pourra se contenter.

TEUCER.

Quelle simplicité dans ces mortels agrestes! Ce vieillard a choisi des moments bien funestes; De quel trompeur espoir son cœur s'est-il flatté? Je ne le verrai point : il n'est plus de traité.

LE HÉRAUT

Il a, si je l'en crois, des présents à vous faire Qui vous étonneront.

TEUCER.

Trop infortuné père !

Je ne puis rien pour lui. Dérobez à ses yeux Du sang qu'on va verser le spectacle odieux.

LE HÉRAUT

11 insiste; il nous dit qu'au bout de sa carrière Ses yeux se fermeraient sans peine à la lumière, S'il pouvait à vos pieds se jeter un moment. 11 demandait Datame avec empressement.

TEUCER.

Malheureux !

DICTIME.

Accordons, seigneur, à sa vieillesse Ce vain soulagement qu'exige sa faiblesse.

teucer. [combats,

Ah ! quand mes yeux ont vu, dans l'horreur des Mon épouse et ma fille expirer dans mes bras, Les consolations, dans ce moment terrible, Ne descendirent point dans mon âme sensible ; Je n'en avais cherché que dans mes vains projets D'éclairer les humains, d'adoucir mes sujets, Et de civiliser l'agreste Cydonie :

Du ciel qui conduit tout la sagesse infinie Réserve, je le vois, pour de plus heureux temps Le jour trop différé de ces grands changements. Le monde avec lenteur marche vers la sagesse. Et la nuit des erreurs est encor sur la Grèce. Que je vous porte envie, ô rois trop fortunés,

Vous qui faites le bien dès que vous l'ordonnez ! Rien ne peut captiver votre main bienfaisante; Vous n'avez qu'à parler, et la terre est contente.

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