LES LOIS DE MINOS, ACTE V, SCÈNE I
TEUCER.
Va, ni lui ni ses dieux n'auront plus de victimes; Va, l'on ne verra plus de pareils attentais.
DICTIME.
Tranquille il frapperait votre fille en vos bras; Et le peuple à genoux, témoin de son supplice, Des dieux dans son trépas bénirait la justice.
TEUCER.
Quand il saura quel sang sa main voulut verser. Le barbare, crois-moi, n'osera m'offenser. Quoi que Datame ait fait, je veux qu'on le révère. Tout prend dans ce moment un nouveau caractère : Je ferai respecter les droits des nations.
DICTIME.
Ne vous attendez pas, dans ces émotions,
Que l'orgueil de Phares s'abaisse à vous complaire;
Il atteste les lois, mais il prétend les faire.
TEUCER.
11 y va de sa vie, et j'aurais de ma main, Dans ce temple, à l'autel, immolé l'inhumain, Si le respect des dieux n'eût vaincu ma colère. Je n'étais point armé contre le sanctuaire; Mais tu verras qu'enfin je sais être obéi. S'il ne me rend Datame, il en sera puni, Dût sous l'autel sanglant tomber mon trône en [A Astérie.) [cendre.
Je cours y donner ordre, et vous pouvez m'attendre. astérie. [amour :
Seigneur'.... sauvez Datame.... approuvez notre Mon sort est en tout temps de vous devoir le jour.
TEUCER, au héraut.
Prends soin de ce vieillard qui lui servit de père Sur les sauvages bords d'une terre étrangère; Veille sur elle.
AZÉMON.
0 roi ! ce n'est qu'en ton pays Que ton cœur paternel aura des ennemis....
[Teucer sort avec Diclime et ses gardes.) 0 toi, divinité qui régis la nature, Tu n'as pas foudroyé cette demeure impure, Qu'on ose nommer temple, et qu'avec tant d'hor-
[reur
Du sang des nations on souille en ton honneur ! C'est en ces lieux de mort, en ce repaire infâme, Qu'on allait immoler Astérie et Datame ! Providence éternelle, as-tu veillé sur eux? Leur as-tu préparé des destins moins affreux? Nous n'avons point d'autels où le faible t'implore : Dans nos bois, dans nos champs, je te vois, je t'a-
[dore ; Ton temple est, comme toi, dans l'univers entier : Je n'ai rien àt'offrir, rien à sacrifier; C'est toi qui donnes tout. Ciel! protège une vie Qu'à celle de Datame, hélas! j'avais unie.
ASTÉRIE
S'il nous faut périr tous, si tel est notre sort, Nous savons vous et moi comme on brave la mort; Vous me l'avez appris, vous gouvernez mon âme; Et je mourrai du moins entre vous et Datame.