‹ Théâtre completChapitre 935 sur 1720 · SCÈNE I · texte numérisé non relu

SCÈNE I

TEUCER, AZÉMON, MÉRIONE, le héraut,

SUITE

TEUCER, au héraut.

Allez; dites-leur bien que, dans leur arrogance, Trop longtemps pour faiblesse ils ont pris ma clé-

[mence :

Que de leurs attentats mon courage est lassé; Que cet autel affreux, par mes mains renversé, Est mon plus digne exploit et mon plus grand tro-

[phéc ; Que de leurs factions enfin l'hydre étouffée, Sur mon trône avili, sur ma triste maison, Ne distillera plus les flots de son poison; Il faut changer de lois, il faut avoir un maître.

(Le héraut sort.) (A Mërione.) Et vous, qui ne savez ce que vous devez être, Vous qui, toujours douteux entre Phares et moi, Vous êtes cru trop grand pour servir votre roi, Prétendez-vous encore, orgueilleux Mérione, Que vous pouvez abattre ou soutenir mon trône? Ce roi dont vous osez vous montrer si jaloux, Pour vaincre et pour régner n'a pas besoin de vous ; Votre audace aujourd'hui doit être détrompée. Ou pour ou contre moi tirez enfin l'épée : Il faut, dans le moment, les armes à la main. Me combattre, sous marcher ou votre souverain.

MÉRIONE.

S'il faut servir vos droits, ceux de votre famille, Ceux qu'un retour heureux accorde à votre fille, Je vous offre mon bras, mes trésors et mon sang : Mais si vous abusez de ce suprême rang Pour fouler à vos pieds les lois de la patrie, Je la défends, seigneur, au péril de ma vie. Père et monarque heureux, vous avez résolu D'usurper malgré nous un empire absolu, De courber sous le joug de la grandeur suprême Les ministres des dieux, et les grands, et moi-même ; Des vils Cydoniens vous osez vous servir Pour opprimer la Crète et pour nous asservir; Mais, de quelque grand nom qu'en ces lieux on vous

[nomme, Sachez que tout l'État l'emporte sur un homme.

TEUCER.

Tout l'État est dans moi.... Fier et perfide ami, Je ne vous connais plus que pour mon ennemi : Courez à vos tyrans.

MÉRIONE.

Vous le voulez?

J'espère Vous punir tous ensemble. Oui, marchez, téméraire !

Page 1