LES PÉLOPIDES, ACTE II, SCÈNE I
Ont fait coulerlongtempstantde sang ctde larmes! Peut-être que sans vous, cessant de se haïr, Deux frères malheureux, que le sang- doit unir, N'auraient point rejeté les efforts d'une mère. Vous m'arrachez deux fils pour avoir trop su plaire. Mais voulez-vous me croire et vous joindre à ma On vous ai-je parlé pour la dernière fois? [voix,
ÉROPE
Je voudrais que le jour où votre fils Thyeste Outragea sous vos yeux la justice céleste, Le jour qu'il vous ravit l'objet de ses amours, Eût été le dernier de mes malheureux jours. De tous mes sentiments je vous rendrai l'arbitre. Je vous chéris en mère: et c'est à ce saint litre Que mon cœur désolé recevra votre loi : Vous jugerez, ô reine, entre Thyeste et moi. Après son attentat, de troubles entourée, J'ignorai jusqu'ici les sentiments d'Atrée : Mais plus il est aigri contre mon ravisseur, Plus à ses yeux sans doute Érope est en horreur.
HIPPODAMIE
Je sais qu'avec fureur il poursuit sa vengeance.
ÉROPE
Vous avez sur un fils encor quelque puissance.
HIPPODAMIE
Sur les degrés du trône elle s'évanouit ; L'enfance nous la donne et l'âge la ravit. Le cœur de mes deux fils est sourd à ma prière. Hélas! c'est quelquefois un malheur d'être mère.
érope. [sacré
Madame il est trop vrai mais dans ce lieu
Le sage Polémon tout à l'heure est entré. Ps'a-t-il point consolé vos alarmes cruelles? N'aurait-il apporté que de tristes nouvelles?
HIPPODAMIE. [soins,
J'attends beaucoup de lui; mais, malgré tousses Mes transports douloureux ne me troublent pas Je crains également la nuit et la lumière, [moins. Tout s'arme contre moi dans la nature entière : Et Tantale, et Pélops, et mes deux fils, et vous, Les enfers déchaînés, et les dieux en courroux ; Tout présente à mes yeux les sanglantes images De mes malheurs passés et des plus noirs présages. Le sommeil fuit de moi, la terreur me poursuit; Les fantômes affreux, ces enfants de la nuit, Qui des infortunés assiègent les pensées, Impriment l'épouvante en mes veines glacées. D'QEnomaus mon père on déchire le flanc. Le glaive est sur ma tête ; on m'abreuve de sang : Je vois les noirs détours de la rive infernale, L'exécrable festin que prépara Tantale, Son supplice aux enfers et ces champs désolés, Qui n'offrent à sa faim que des troncs dépouillés. Je m'éveille mourante aux cris des Euménides, Ce temple a retenti du nom de parricides. Ah ! si mes fils savaient tout ce qu'ils m'ont coûté, Ils maudiraient leur haine et leur férocité : Ils tomberaient en pleurs aux pieds d'Hippodamie.
ÉROPE
Madame, un sort plus triste empoisonne ma vie. Les monstres déchaînés de l'empire des morts Sont encor moins affreux que l'horreur des remords. C'en est fait... Votre fils et l'amour m'ont perdue. J'ai semé la discorde en ces lieux répandue. Je suis, je l'avouerai, criminelle en effet; [fait? Un dieu vengeur me suit... mais vous, qu'avez-vous Vous êtes innocente et les dieux vous punissent ! Sur vous comme sur moi leurs coups s'appesantissent !
Hélas ! c'était à vous d'éteindre entre leurs mains Leurs foudres allumés sur les tristes humains : C'était à vos vertus de m 'obtenir ma grâce.