THYESTE, ÉROPE, MÉGARE
ÉROPE
Seigneur, aux mains d'Atrée on va donc me livrer! Votre mère l'ordonne... et je n'ai pour excuse Que mon crime ignoré, ma rougeur qui m'accuse, Un enfant malheureux qui sera découvert.
THYESTE
Tout nous poursuit ici; cet asile nous perd.
ÉROPE
Auteur de tant de maux, pourquoi m'as-tu' séduite?
Hélas ! je vois l'abîme où je vous ai conduite : Mais cette horrible paix ne s'accomplira pas. Il me reste pour vous des amis, des soldats, Mon amour, mon courage; et c'est à vous de croire Que, si je meurs ici, je meurs pour votre gloire. Notre hymen clandestin d'une mère ignoré,^ Tout malheureux qu'il est, n'en est pas moins sacré. Ne me reproche plus ma criminelle audace; Ne nous accusons plus quand le ciel nous fait grâce ; Ses bontés ont fait voir, en m'accordant un fils, Qu'il approuve l'hymen dont nous sommes unis; Et Mycène bientôt, à son prince fidèle, En pourra célébrer la fête solennelle.
ÉROPE
Va, ne réclame point ces nœuds infortunés, Et ces dieux, et l'hymen... ils nous ont condamnés. Osons-nous nous parler?... Tremblante, confondue, Devant qui désormais puis-je lever la vue ? Dans ce ciel qui voit tout et qui lit dans les cœurs, Le rapt et l'adultère ont-ils des protecteurs? En remportant sur moi ta funeste victoire, Cruel, t'es-tu flatté de conserver ma gloire? Tu m'as fait ta complice... et la fatalité, Qui subjugue mon cœur contre moi révolté, Me tient si puissamment à ton crime enchaînée, Qu'il est devenu cher à mon âme étonnée;