‹ Théâtre completChapitre 97 sur 1720 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

HÉRODE, IDAMAS, NARBAS.

HÉRODE

Narbas, où courez-vous? juste ciel! vous pleurez! De crainte, en le voyant, mes sens sont pénétrés,

NARBAS.

Seigneur...

HÉRODE

Ah! malheureux! que venez-vous me dire?

NARBAS.

Ma voix en vous parlant sur mes lèvres expire.

HÉRODE

Mariamne...

NARBAS.

0 douleur ! ô regrets superflus!

HÉRODE

Quoi! c'en est fait?

NARBAS.

Seigneur, Mariamne n'est plus.

Elle n'est plus? grand Dieu !

NARBAS .

Je dois à sa mémoire, A sa vertu trahie, à vous, à votre gloire, De vous montrer le bien que vous avez perdu, Et le prix de ce sang par vos mains répandu. Non, seigneur, non, son cœur n'était point infidèle. Hélas! lorsque Sohême a combattu pour elle, Votre épouse, à mes yeux détestant son secours, Volait pour vous défendre au péril de ses jours.

HÉRODE

Qu'cnlends-je?ah! malheureux! ah! désespoir ex- Narbas, que m'as-tu dit? [trême!

NARBAS.

C'est dans ce moment même Où son cœur se faisait ce généreux effort, Que vos ordres cruels l'ont conduite à la mort. Salome avait pressé l'instant de son supplice.

HÉRODE

O monstre, qu'à regret épargna ma justice! Monstre, quels châtiments sont pour toi réservés! Que ton sang, que le mien... Ah! Narbas, achevez, Achevez mon trépas par ce récit funeste.

NARRAS.

Comment pourrai-je, hélas 1 vous apprendre le Vos gardes de ces lieux ont osé l'arracher, [reste? Elle a suivi leurs pas sans nous rien reprocher, Sans affecter d'orgueil el sans montrer de crainte. La douce majesté sur sou front était peinte; Là modeste innocence et l'aimable pudeur [cœur, Régnaient dans ses beaux yeux ainsi que dans son

Son malheur ajoutait à l'éclat de ses charmes, [mes, Nos prêtres, nos Hébreux, dans les cris, dans les lar- Conjuraientvos soldats, levaient les mains vers eux, Et demandaient la mort avec des cris affreux. Hélas ! de tous côtés, dans ce désordre extrême, En pleurant Mariamne, on vous plaignait vous- On disait hautement qu'un arrêt si cruel [même: Accablerait vos jours d'un remords éternel.

HÉRODE

Grand Dieu ! que chaque mot me porte un coup narbas. [terrible !

Aux larmes des Hébreux Mariamne sensible Consolait tout ce peuple en marchant au trépas : Enfin vers l'échafaud on a conduit ses pas; C'est là qu'en soulevant ses mains appesanties, Du poids affreux des fers indignement flétries: « Cruel, a-t-elle dit, et malheureux époux ! Mariamne en mourant ne pleure que sur vous; Puissicz-vous par ma mort finir vos injustices! Vivez, régnez heureux sous de meilleurs auspices; Voyez d'un œil plus doux mes peuples et mes fils; Aimez-les: je mourrai trop contente à ce prix. » En achevant ces mots, votre épouse innocente Tend au fer des bourreaux cette tête charmante Dont la terre admirait les modestes appas. Seigneur, j'ai vu lever le parricide bras; J'ai vu tomber...

HÉRODE

Tu meurs, et je respire encore!

Mânes sacrés, chère ombre, épouse que j'adore, Reste pâle et sanglant de l'objet le plus beau, Je te suivrai du moins dans la nuit du tombeau. Quoi! vous me retenez? quoi ! citoyens perfides, Vous arrachez ce fer à mes mains parricides? Ma chère Mariamne, arme-toi, punis-moi; Viens déchirer ce cœur qui brûle encor pour toi. Je me meurs.

(Il tombe dans un fauteuil.) NARBAS.

De ses sens il a perdu l'usage; Il succombe à ses maux.

HÉRODE

Quel funeste nuage S'est répandu soudain sur mes esprits troublés! D'un sombre et noir chagrin mes sens sont accablés. D'où vient qu'on m'abandonne au trouble qui me

[gêne?

Je ne vois point ma sœur, je ne vois point la reine; Vous pleurez! vous n'osez vous approcher de moi ! Triste Jérusalem, tu fuis devant ton roi! [monde? Qu'ai-je donc fait? pourquoi suis-je en horreur au Qui me délivrera de ma douleur profonde? Par qui ce long tourment sera-t-il adouci? Qu'on cherche Mariamne, et qu'on l'amène ici.

NARRAS.

Mariamne, seigneur!

HÉRODE

Oui, je sens que sa vue

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