ÉROPE, THYESTE, MÉGARE
THYESTE, à Érope.
Je ne puis vous blâmer de cet aveu sincère, Injurieux, terrible, et pourtant nécessaire. Il a réduit Atrée à ne plus réclamer Un hymen que le ciel ne saurait confirmer.
ÉROPE
Ah! j'aurais dû plutôt expirer et me taire.
Quoi ! je vous vois sans cesse à vous-même contra ire!
EROPE.
Je frémis d'avoir dit la dure vérité.
THYESTE
Il doit sentir au moins quelle fatalité
Dispose en tous les temps du sang des Pélopides.
Il voit qu'après un an de troubles, d'homicides,
Après tant d'attentats, triste fruit des amours,
Un éternel oubli doit terminer leur cours.
Nous ne pouvons enfin retourner en arrière;
Il ne peut renverser l'éternelle barrière
Que notre hymen élève entre nous deux et lui.
Mes destins ont vaincu; je triomphe aujourd'hui.
ÉROPE
"Quel triomphe! Ètes-vous hors de sa dépendance? Votre frère avec vous est-il d'intelligence? Atrée en me parlant s'est-il bien expliqué? Dans ses regards affreux n'ai-je pas remarqué L'égarement du trouble et de l'inquiétude ? Polémon de son âme a longtemps fait l'étude ; Il semble être peu sûr de sa sincérité.
THYESTE
N'importe, il faut qu'il cède à la nécessité. C'était le seul moyen (du moins j'ose le croire) Qui de nous trois enfin put réparer la gloire.
Il est maître dJ Argos; nous sommes dans ses mains.
THYESTE
Dans l'asile où je suis les dieux sont souverains.
érope. [gent?
Eh ! qui nous répondra que ces dieux nous proté- Peut-être en ce moment les périls nous assiègent.
THYESTE
Quels périls? entre nous le peuple est partagé, Et même autour du temple il est déjà rangé. Mes amis rassemblés arrivent de Mycène, Ils viennent adorer et défendre leur reine : Mais il n'est pas besoin de ce nouveau secours: Le ciel avec la paix veille ici sur vos jours; La reine et Polémon, dans ce temple tranquille, Imposent le respect qu'on doit à cet asile.
ÉROPE
Vous-même, en m'enlevant, Pavez-vous respecté?
THYESTE
Ah! ne corrompez point tant de félicité. Pour la première fois la douceur en est pure.