LES PÉL0P1DES, ACTE Y, SCÈNE III
IJ cède à vos conseils, il pardonne à son frère, Il approuve an hymen devenu nécessaire; Il y consent du moins : la première des lois, L'intérêt de l'État lui parle à haute voix. Il n'écoute plus qu'elle; et s'il voit avec peine Dans ce fatal enfant l'héritier de Mycène, Consolé par le trône où les dieux l'ont placé, A la publique paix lui-même intéressé, Lié par ses serments, oubliant son injure, Docile à vos leçons, mon fils n'est point parjure.
POLÉMON
Reine, je ne veux point, dans mes soins défiants, Jeter sur ses desseins des yeux trop prévoyants. Mon cœur vous est connu ; vous savez s'il souhaite Que cette heureuse paix ne soit point imparfaite.
HIPPODAMIE
La coupe de Tantale en est l'heureux garant. Nous l'attendons ici; c'est de moi qu'il la prend. Il doit me l'apporter. Il doit avec son frère Prononcer après moi ce serment nécessaire. (A Érope et à Tliyeste.)
C'est trop se défier : goûtez entre mes bras
Un bonheur, mes enfants, que nous n'attendions
Vous êtes arrivés par une route affreuse [pas.
Au but que vous marquait cette fin trop heureuse.
Sans outrager l'hymen, vous me donnez un fils;
Il a fait nos malheurs, mais il les a finis;
Et je puis à la fin, sans rougir de ma joie,
Remercier le ciel de ce don qu'il m'envoie.
Si vos terreurs encor vous laissent des soupçons,
Confiez-moi ce fils, Érope, et j'en réponds.
THYESTE
Eh bien! s'il est ainsi, Thyeste et votre fille Vont remettre en vos mains l'espoir de leur famille. Vous, ma mère, et les dieux, vous serez son appui, Jusqu'à l'heureux moment où je pars avec lui.
ÉROPE
De mes tristes frayeurs à la fin délivrée, Je me confie en tout à la mère d'Atrée. Cours, Mégare.
M EGARE
Ah ! princesse, à quoi m'obligez-vous?
ÉROPE
Va, dis-je, ne crains rien.... Sur vos sacrés genoux, En présence des dieux, je mettrai sans alarmes Ce dépôt précieux arrosé de mes larmes.
THYESTE
C'esl vous qui l'adoptez et qui m'en répondez.
HIPPODAMIE
Oui, j'en réponds.
THYESTE
Voyez ce que vous hasardez.
POLÉMON
.Ir veillerai sur lui.
érope.
Soyez sa protectrice :
Ma mère, s'il est né sous un cruel auspice, Corrigez de son sort le sinistre ascendant.
HIPPODAMIE
On m'ôtcra le jour avant que cet enfant.... Vous savez , belle Érope, en tous les temps trop chère, Si le ciel m'a donné des entrailles de mère.