SCÈNE II
TRANSTAMARE, LÉONORE, ELMRE.
léonore. [rcux,
Prince, en ces temps de trouble, en ces jours malheu- Je n'ai que ce moment pour vous parler encore. Bientôt vous connaîtrez ce qu'était Léonore, Quelle était sa conduite et son nouveau devoir: Mais au palais du roi gardez de me revoir. Je veux, je dois sauver d'une guerre intestine Et vous et tout l'État penchant vers sa ruine. Le roi vient sur mes pas; j'ignore ses projet-: Il donne, en frémissant, quelques ordres secrets, 11 vous nomme, il s'emporte ; et vous devez connaî l re Quel sort on se prépare en luttant contre un maître. Je vous en avertis : épargnez à ses yeux D'un superbe ennemi l'aspect injurieux.
C'est ma seule prière.
TRANSTAMARE
Ah ! qu'osez-vous me dire ?
LÉONORE
Ce que je dois penser, ce que le ciel m'inspire.
TRANSTAMARE
Quoi ! vous que le ciel même a fait naître pour moi, Dont mon père, en mourant, me destina la foi, Vous, dont Rome et la France ont conclu l'hyménée, Vous que l'Europe entière à moi seul a donnée, Je ne vous reverrais que pour vous éviter ! Vous ne me parleriez que pour mieux m'écarte r!
LÉONORE
Le devoir, la raison, votre intérêt l'exige. Tout ce que j'aperçois m'épouvante et m'afflige. Seigneur, d'assez de sang nos champs sont inondés, Et vous devez sentir ce que vous hasardez.
TRANSTAMARE
Je sais bien que don Pèdre est injuste, intraitable, Qu'il peut m'assassiner.
Il en est incapable.
A l'insulter ainsi c'est trop vous appliquer. Puisse enfin la nature à tous deux s'expliquer! Elle parle par moi ; seigneur, je vous conjure De ne point faire au roi cette nouvelle injure. Ménagez, évitez votre frère offensé, Violent comme vous, profondément blessé : Ne vous efforcez point de le rendre implacable: Laissez-moi l'apaiser.