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DON PÈDRE, ACTE III, SCENE III

Ma gloire s'en irrite; et, dans ces tristes jours, La retraite, ou le trône, était mon seul recours: Votre épouse à vos yeux se sent trop outragée.

DON PÈDRE

Avant la fin du jour vous en serez vengée.

LÉONORE

Je ne prétends pas l'être. Écoutez seulement Tous les justes sujets de mon ressentiment. J'ai peu du cœur humain la fatale science; Mais j'ouvre enfin les yeux : ma prompte expérience M'apprend ce qu'on éprouve à la suite des rois. Je vois comme on s'empresse à condamner leur choix. On accuse de tout quiconque a pu leur plaire. De l'estrade des grands descendant au vulgaire, Le mensonge sans frein, sans pudeur, sans raison, S'accroît de bouche en bouche et s'enfle de poison. C'est moi, si l'on en croit votre cour téméraire, C'est moi dont l'artifice a perdu votre frère: C'est moi qui l'ai plongé dans la captivité, Pour garder ma conquête avec impunité.

Vous dirai-je encor plus? une troupe effrénée. Qui devrait souhaiter, bénir mon hyménée, D'une voix mensongère insulte à nos amours. Mon oreille a frémi de leurs affreux discours. Je vois lancer sur vous des regards de colère : On déteste le roi qu'on dut chérir en père. Pouvez-vous endurer tant d'horribles clameurs, De menaces, de cris, et surtout tant de pleurs? Pour la dernière fois écartez de ma vue Ce spectacle odieux qui m'indigne et me tue. Faut-il passer mes jours à gémir, à trembler? Détournez ces fléaux unis pour m'accabler. Il en est encor temps. Le Castillan rebelle, Pour peu qu'il soit flatté, par orgueil est fidèle. Ah ! si vous opposiez.au glaive des Français Le plus beau bouclier, l'amour de vos sujets ! En spectacle à l'Espagne, en butte à tant d'envie, Je ne puis supporter l'horreur d'être haïe. Je crains, en vous parlant, de réveiller en vous L'affreuse impression d'un sentiment jaloux. Je puis aller trop loin ; je m'emporte; mais j'aime; Consultez votre gloire et jugez-vous vous-même.

DON PÈDRE

J'ai pesé chaque mot, et je prends mon parti.

{A sa suite.) Déchaînez Translamare et qu'on l'amène ici.

LÉONORE

Prenez garde, cher prince, arrêtez... Sa présence Peut vous porter encore à trop de violence. Craignez.

DON PÈDRE

C'est trop de crainte et vous vous abusez.

J'en ressens, il est vrai... C'est vous qui la causez.

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