DON PÈDRE, LÉONORE
DON PÈDRE
Vous pardonnez enfin; vos mains daignent orner Ce sceptre que l'Espagne avait dû vous donner. Compagne de mes jours trop orageux, trop sombres, Vous seule éclaircirez la noirceur de leurs ombres. Les farouches esprits, que je n'ai pu gagner, Haïront moins don Pèdre en vous voyant régner. Dans ces cœurs soulevés, dans celui de leur maître, Le calme qui nous fuit pourra bientôt renaître. Je suis loin maintenant d'offrir à vos désirs D'une brillante cour la pompe et les plaisirs: Vous ne les cherchez pas. Le trône où je vous place Est entouré du crime, assiégé par Faudace ; Mais, s'il touche à sa chute, il sera relevé, Et dans un sang impur heureusement lavé : Écrasant sous vos pieds la ligue terrassée, Il reprendra par vous sa splendeur éclipsée.
LÉONORE
Vous connaissez mon cœur; il n'a rien de caché.
Lorsque j'ai vu le vôtre à la fin détaché
Des indignes objets de votre amour volage,
J'ai sans peine à mon prince offert un pur hommage.
Vainement votre père, expirant dans mes bras,
Et prétendant régner au delà du trépas,
Pour son fils Transtamare aveugle en sa tendresse,
Avait en sa faveur exigé ma promesse :
Bientôt par ma raison son ordre fut trahi;
Et plus je vous ai vu, plus j'ai mal obéi.
Enfin j'aimais don Pèdre, en fuyant sa couronne;
Et je ne pense pas que son cœur me soupçonne
D'avoir pu désirer cette triste grandeur,
Qui sans vous aujourd'hui ne me ferait qu'horreur.
Mais si de mon hymen la fête est différée,
Si je ne règne pas, je suis déshonorée.
Vous pouvez, par mépris pour la commune erreur,
Braver la voix publique; et je la crains, seigneur.
Je veux qu'on me respecte, et qu'après vos faiblesses
On ne me compte pas au rang de vos maîtresses :