SCENE IV
DON PÈDRE, LÉONORE, MOXCADL, TRANSTAMARE, suite.
MONGADE.
Seigneur, en ce moment, Guesclin lui-même arrive.
0 ciel !
TRANSTAMARE, en se retournant vers don Pèdre.
Je suis vengé plus tôt que tu ne crois : Va, je ne compte plus don Pèdre au rang des rois, Frappe avant de tomber, verse le sang d'un frère ; Tu n'as que cet instant pour servir ta colère. Ton heure approche, frappe : oses-tu?
DON PÈDRE
C'est en vain Que tu cherches l'honneur de périr de ma main : Tu n'en étais pas digne et ton destin s'apprête; C'est le glaive des lois que je tiens sur ta tète. (On emmène Transtamare.) (A Moncade.) Qu'on l'entraîne.... Et Guesclin?
MONCADE
11 est près des remparts :
Le peuple impatient vole à ses étendards ; Il invoque Guesclin comme un Dieu tutélaire.
LÉONORE
Quoi! je vous implorais pour votre indigne frère! Mes soins trop imprudents voulaient vous réunir! Je devais vous prier, seigneur, de le punir. Que faire, cher époux, dans ce péril extrême?
DON PÈDRE
Que faire? le braver, couronner ce que j'aime, Marcher aux ennemis, et, dans ce même jour, Au prix de tout mon sang mériter votre amour.
MONCADE
Un chevalier français en ces murs le devance, Et pour son général il demande audience....
Cette offre me surprend, je ne puis le celer : [1er? Quoi ! lorsqu'il faut combattre, un Français veut par-
MONCADE
Il est ambassadeur et général d'armée.
DON PÈDRE
Si j 'en crois tous les bruits dont l'Espagne est semée, 11 est plus fier qu'habile; et, dans cet entretien, L'orgueil de ce Breton pourrait choquer le mien. Je connais sa valeur et j'en prends peu d'alarmes : Eu Castille avec lui j'ai mesuré mes armes; H doit s'en souvenir; mais, puisqu'il veut me voir, Je suis prêt en tout temps à le bien recevoir, Soit au palais des rois, soit aux champs de la gloire.
(A Léonore.) Enfin, je vais chercher la mort ou la victoire : Mais, avant le combat, hàtez-vous d'accepter Le bandeau qu'après moi votre front doit porter. •I'1 pouvais, j'aurais dû, dans cette auguste fête,
De mon lâche ennemi vous présenter la tête, Sur son corps tout sanglant recevoir votre main; Mais je ne serai pas ce don Pèdre inhumain, Dont on croit pour jamais flétrir la renommée : Et, du pied de l'autel, je vole à mon armée, Montrer aux nations que j'ai su mériter Ce trône et cette main qu'on m'ose disputer.