SCÈNE I
DON PÈDRE, MENDOSE.
MENDOSE.
Quoi! vous vous exposiez à ce nouveau danger! Quoi ! don Pèdre, autrefois si prompt à se venger, De ce grand ennemi n'a pas proscrit la tête!
DON PÈDRE
Léonore a parlé, ma vengeance s'arrête.
Elle n'a point voulu qu'aux marches de l'autel Notre hymen fût souillé du sang d'un criminel. Sans elle, cher ami, j'aurais été barbare; J'aurais de ma main même immolé Transtamare. Je l'aurais dû.... n'importe.
MENDOSE.
Et voilà ces Français, Dont le premier exploit et le premier succès Est de vous enlever, par un sanglant outrage, Ce prisonnier d'État qui vous servait d'otage! Jugez de quel espoir le sénat est flatté; Comme il est insolent avec sécurité:
Comme, au nom de Guesclin, sa voix impérieuse Conduit d'un peuple vain la fougue impétueuse! Tandis que Léonore a du bandeau royal (Présent si digne d'elle et peut-être fatal) Orné son front modeste où la vertu réside, D'arrogants factieux une troupe perfide Abjurait votre empire, et, presque sous vos yeux, Élevait Transtamare au rang de vos aïeux. A peine ce Guesclin touchait à nos rivages, [ges, Tous les grands à l'envi, lui portant leurs homraa- Accouraient dans son camp, le nommaient à grands L'ange de la Castille envoyé de Paris. [cris
Il commande, il s'érige un tribunal suprême, Où lui seul va juger la Castille et vous-même. Scipion fut moins fier et moins audacieux, Quand il nous apporta ses aigles et ses dieux, [tre, Mais ce qui me surprend, c'est qu'agissant en mai- II prétende apaiser les troubles qu'il fait naître; Qu'il vienne en ce palais, vous ayant insulté; Et qu'armé contre vous il propose un traité.
DON PÈDRE
II ne fait qu'obéir au roi qui nie l'envoie. L'orgueil de ce Guesclin se montre et se déploie.