MICHEL LÉVY FRÈRES, LIBRAIRES ÉDITEURS
BUe TlTIBNNBy 2 BIS, ET BOULEVARD DES ITALIBKSi 15 A LA LIBRAIRIE NOUVELLE
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Vers les deroièrès années du seizième siècle, parmi les pat^sagers qu'amenaient en Espagne les galions du Mexique, do* barquail un homme inconnu, de piètre apparence, jeuro, court de taille, laid de visage, et bossu de la poitrine et f>. répaule.
Cet homme, né dans la province de Tasco de Mexico, et issu d'une famille noble, originaire du bourg d'Alareon, de Tévèché de Cuenca, sur notre continent, avait nom Don Juan Rdiz de Alarcon y Mendoza.
Comme les désespérés d'Europe, selon l'expression de Cervantes, allaient aux Indes pour chercher fortune, celui-ci quittait les Indes pour l'Espagne dans la même intention. Il n'apportait avec lui ni cargaison d'épices, ni plans de réformes administratives à soumettre au gouvernement; c'était un simple poète,- un faiseur de comédies, un rêveur, qui prétendait lui chétif, pauvre, sans appuis, sans renommée, indien et contrefait, venir disputer les palmes du théâtre au génie naissant du grand Lope de Vega.
Nous ne savons rien des combats qu' Alarcon eut à soutenir contre la mauvaise fortune, car ni lui ni ses contemporains ne nous ont laissé de confidences à cet égard. Ce n'est qu'au moyen de quelques feuillets manuscrits ou imprimés, épars çà et là dans les archives et dans les bibliothèques de l'Espa-
gne, qu'on a pu retrouver quelques dates et quelques faits pour éclairer certains points de celte mystérieuse biographie du créateur de la comédie de caractère chez les modernes, du poète qui précéda Molière dans cette roie, et à qui Corneille emprunta le sujet et les plus belles scènes Menteur.
C'est à tort que quelques critiques ont ci pouvoir fixer à Tannée 1620 l'arrivée du mexicain Alarcon y Mendoza, sur le continent espagnol. Don Juan Eugenio Hailzenbuscli a inséré dans l'édition publiée par M. Rivadeneyra, un curieux document qui prouve la présence d'Alarcon à Séville vers la fin du seizième siècle. Ce document est intitulé : Lettre h don Diego Astudillo CarrillOf où Von rend compte de la fête de San Juan d*Alfarache, le jour de San Laureano. C'est une espèce de récit satirique écrit en partie par Michel Cervantes. Or, on sait que Cervantes ne séjourna à SéviUe que jusqu'en l'année 15i»8. La lettre fait d'abord la nomenclature des poètes et des étudiants qui s'apprêtent à figurer au tournoi burlesque et aux autres jeux destinés à fêter Sainte-Léocadie. Cette troupe d'écervelés part de la Tour de l'or de Séville et s'embarque pour le village de San Juan d'Alfarache ou d'Aznalfarache, au lever du jour. « A peine, dit la Carta a don DiegOf le soleil commençait-il à ouvrir ses fenêtres, et la demoiselle aux yeux battus (la nuit) à fermer les sieunes, à peine le laquais d'Apollon disposait-il les chevaux pour le coche de son maître, invitant par son exemple les galiciens de la terre à l'imiter, quand Aloozo de Camino, architriclin de la fête, chargea sur un grand cheval et sur un âne tranquille une caisse et deux paniers, garde-manger de nos estomacs, et cheminant lentement vers la berge du fleuve, il y trouva nos autres amis. »
Des barques, tapissées de fleurs et de feuillages pour tempérer l'ardeur du soleil, transportent la caravane joyeuse à sa destination ; elles suivent le fil du Guàdalquivir et les méandres qu'il décrit, enfoncé entre ses deux rives ardues que bordent deux haies de saules. On attérit enfin sur la droite
da fleQve, an village de San Juan» que aurpJombe, aouteou par des teirasses massives, qd vieux couvenl auquel lea pâles oliviers des^ mamelons voisins servent de cadre.
Les lètes commencent ; on ril et Ton boufloone* et pour augmenter Thilarité Ce la l'ocile, panilt enGn dans le patio Don Juan Ruiz de Alarcbn y Mendoza. il figurait dans le tour* floj ioos le nom de prince de Cbunga. Le poète, jeune alors, et son écuyer, étaient montés sur des chevaux de carton pareils à ceux que Ton emploie dans les fêles du Corpus Do^ minL
Le bossu mexicain est cuirassé de carton doré. Des feuillet de roseaux ilottent sur le dmier de sa celada : ses chausses s(mt de papier jaune, avec taillades de même, ornées du plu» soiore clinquant qu'ait produit la Flandre et qu'ait vu TAllemagne.
A côté de lui vient se placer un homme de la confrérie déguisé en chien, portant au cou un cartel sur lequel on lit cet mots : asi es mi dicha (ainsi est mon bonheur).
Don Juan Ruiz combattit contre Tadjudant du tenant, et ils agirent si bien tous deux qu'ils reçurent deux paires de gants pour récompense, puis ils firent place à d'autres.
Vmd ce que raconte tout au long la lettre à don Diego Astu* dilio GarriJlo.
Avant cette entrée de la mascarade dans le patio d' Alfarache, Alarcon s'était d'abord présenté au public sous sa forme nalurelle et sous sa qualité de poète, et il avait remis aux juges du concours quatre dizains composés comme tous les autres sur un sujet grotesque. Il avait pris pour texte une consdalion adressée à une dame qui était triste, parce qu'elle transpirait beaucoup des mains, porque la sudan mucho las ma/nos. Dans ces dizains, les blanches mains de la dame sont comparées tour à tour à la neige qui fond, aux fleurs qui distillent te parfum, au nectar qui substante la vie éternelle des dieux. L'auteur^ dit la lettre à Don Diego Astudiilo, demeura aussi satisfait d'entendre lire ses décimas que si elles eussent
été bonnes; mais les juges déclarèrent que : attendu qu'il avait dû plus suer pour les écrire que la dame qui lui avait fourni son sujet, ladite dame serait cooirainte et forcée â sudar con au autor lo que pareciere ir de mas â mas del v/no al otro ; et que si en faisant le compte, ledit Juan Ruiz de Alarcon restait débiteur, il suerait le reste à l'hApital de San C!osme et San Damian, et quMl serait nommé deux juges arbitres et un troisième en cas de litige.
Il nous faut maintenant descendre le cours des années jusqu'à 1()11, pour retrouver trace d' Alarcon. A cette date un livre du mnrquis Garéaga parait à Barcelone sous le titre de : El desengano de fortuna, et ce livre contient à sa première page, un dizain écrit par le licencié Joan Ruis de Alarcon, natif de Mexico. Le dizain, comme le livre était approuvé par la censure depuis 1608. On suppose donc qu'Alarcon, a pu, à cette époque, habiter Valence ou Murcie, et Ton se fonde sur ce que les autres dizains qui, selon Tusage du temps, accompagnentle livre du marquis, sont tous de poètes Valenciens.
En 1628, Alarcon est rapporteur au conseil royal des Indes, place assez lucrative, qu'il garda jusqu'à la fin de ses jours, et qui lui donnait dans le monde le rang auquel il avait droit par son talent d'abord, et aussi par sa naissance, quoiqu'il n'appartint pas, paraît-il, à l'illustre souche des Alarcon, marquis de Trocifal, comtes de Torres-Vedras.
Le Semanario erudito, sous la date du 9 août 1639, renferme cette brève notice : « Est mort don Juan de Alarcon^ poète renommé par ses comédies et par ses bosses, et rapporteur au conseil des Indes, » Le registre de la paroisse de San Sébastian de Madrid contient l'acte niortuaire de notre poète daté du U août 1639. Il appert de cet acte qu'Alarcon reçut les saints sacrements, et qu'il lesta en présence de Luca del Pozo; qu'il laissa une somme pour dire cinquante messes aux âmes, et qu'il désigna pour exécuteurs testamentaires le licencié Antonio de Léon, rapporteur au même conseil, et le
capitaine Reinoso ; il léguait en outre aux pauvres de la paroisse cinquante réaax.
A celte {Paroisse de San Sébastian appartenaient également Cervantes et Lope de Vega. Alarcon demeurait tout près de règlise dans la rue des Urosas.
Ayant d'analyser les œuYres du poète qat je présente aujourd'hai au public français, à la suile de Cervantes et de Tirso de Molioa, je dois faire connaître quelques autres points qui se rattachent encore à sa biographie malheureusement trop incomplète, mais que de nouvelles découvertes peuvent enririchir d'un jour à Tautre.
Tous les critiques qui ont parlé d* Alarcon s^étonnent à bon droit des invectives que lui ont adressées ses contemporains, ses confrères en poésie et en littérature dramatique, d'autant que plusieurs de ces agresseurs l'avaient loué en d'autres occasions, et le premier de tous, Lope de Vega, dont le poème intitulé : le Laurier (TÀpollon, imprimé à Madrid en 1630, dit que Fauteur de nos comédies unit le génie a la vertu (i).
Quel qu'ioconvenante que soit la violence des attaques auxquelles Alarcon se vit en bulte, il faut se reporter à l'époque et au pays où Texagéralion de la louange et de la critique fut toujours en usage. Ces épigrammes que Ton rimait dans certaines académies ou réunions et tournois littéraires étaient des plaisanteries dont personne ne se fâchait : on appelait cela un céjamen, un brocard. Nos poètes du dix-septième siècle ne se ménageaient guère non plus entre eux, et cette petite pointe aristophanesque n'a jamais, que je sache, amené de conflits sérieux.
Je vais traduire ici quelques-uns de ces brocards pour en fournir une idée. Je dirai d'abord quelle circonstance les motiva : le roi venait de donner une fête de taureaux et de cannes dont le duc de Céa voulut perpétuer la mémoire; il chargea Alarcon de la raconter dans un poème descriptif. Alarcon
i; Lope de Vega, El laurel de Apoio, Silva 2.
qui était paresseux, s'adjoignit quatre de ses amis pour Taider» et ils rimèrent entre eux le compte-rendu de la fête ; la critique réunit tous ses traits contre le pauvre bossu, et elle Ten cribla sans pitié. Tirso de Molina ouvre la marche par ce dizain:
Don Concombre d'Alarcon
Poète entre deux soupières,
Dont les vers avec raison,
Craig^nent les sifflets sévères,
A fait la relation
Des fêles que le roi donne.
J'attends l'interdiction
De ses vers (Dieu lui pardonne)
Aussi mal dits, en effet.
Que le poêle est mal fait.
La décima, ou le dizain de Montalban se termine ainsi :
Son vers est si mal tissu, Dans sa piètre contexture, Que Ton voit par la structure, Qu'il est l'œuvre d'un bossu.
Puis, Gongora, le poète du cuUisme, arrive à son tour, disant:
C'est un tailleur, non un poète.
Qu'on a choisi pour celte fête ; Car pour coudre tous ses lauriers Il a requis des ouvriei's.
Devant et derrière, ta taille S'arme d'un bouclier d'écaillé.
La tortue a bien tous tes iraits, Tu le fus et l'es à jamais.
Guevara ajoute :
Pourquoi père des Matassins Monter ainsi sur des échasses, O chameau nain qui te prélasses Sous le manteau des spadassins.
Pour récompenser ton négoce,
Puissent les cannes par essaims^ Comme cible cribler ta bosse.
Uocs^nidille manuscrite de la bibliothèque nalionale de Madrid ownmeoce aiasi : c'est Lope de Vega qui est censé parler :
Juan Rnîz, roî des bossus.
Si je n'ai ta promesse, De n'écrire plus pièce, Bas la culotte ! Sus !
Levez-lui la chemise !
Soit bon gré,
Soit surprise, Val jeté fouetterai.
D'autres couplels de la môme seguidille, ajoutent encore :
Un ami me rencontre.
Et dit m'apercevant.
Je ne sais s'il me montre Le des ou le devant.
Je suis un grand uageuj*^ Qui jamais ne se lasse.
Ma double calebasse Soutient ma pesanteur.
Tout le reste est sur ce ton. Une létrille de Qucvedo, va plus loin encore s'il est possible ; elle lui reproche d'avoir la poitrine levée comme un faux témoignage, un estomac en forme ^occiput, de ressembler, vêtu à un peigne h chanvre, et ntt, « ime aiguille; elle le traite de poupée en haillons, d'écrensse titrée, de fragment de poète haut comme le sixième d'une vara. C'est enfio, qu'on me passe le mol, un véritable <îatéchisme poissard débité à l'endroit de ce pauvre bossu ^mme en un jour de carnaval.
Alarcon ne répond pas à ces diatribes, et il aurait riposté certainement si l'usage n'avait pas autorisé ce genre de mauvaises plaisanteries. De son côté, Alarcon parle au vulgaire à peu près sur le même ton, quand il lui dit dans la prêtée de son premier volume : « C'est à toi que je m'adresse.
bète féroce ; à la noblesse, il n'est pas nécessaire ; elle se prononce plus en ma faveur que je ne le saurais faire moindême. Ces comédies vont vers .toi; traite les, ainsi que tu as coutume, non, selon la justice, mais selon ton caprice ; elles te regardent avec dédain et sans peur, comme ayant déjà passé le péril de tes sifflets (i) , et maintenant elles peuvent affronter celui de tes taudis. Si elles te déplaisent, je me réjouirai de savoir qu'elles sont bonnes, et sinon je serai vengé d'apprendre qu'elles ne le sont pas, en pensant qu'elles t'ont coulé de l'argent. »
En France, à la même époque, Desmarets n'imprimait-il pas, à la mode espagnole, en tête de sa comédie des Visionnaires, le quatrain suivant :
Ce nVst pas pour toi que j'écris, Indocte et stupide vulgaire, J'écris pour les nobles esprilSj Je serais marri de te plaire.
Lorsqu'Alarcon a besoin de parler sérieusement au public, il le traite d'une façon moins cavalière comme le témoigne la pi^face suivante qui ouvre le second volume de ses œuvres.
« Qui que tu sois ou mécontent ou bien intentionné sache que les huit comédies de ma première partie et les douze de cette seconde sont toutes miennes quoique d'aucunes soient devenues les plumes d'autres corneilles, comme le Tisserand de Ségovie, la Vérité suspecte, VExamen des maris et d'autres encore, qu'on a imprimées sous le nom de divers auteurs. La faute en est aux éditeurs qui les donnent à qui bon leur semble, elle ne vient pas des auteurs à qui 6n les a attribuées et dont l'inadvertance dépasse ma sollicitude. Aussi ai-je voulu faire cette déclaration plus pour leur honneur que pour le mien, car il n'est pas juste que leur réputation pâtisse pour mon ignorance ; pourtant
(1) Silvos pour Silbos et non Silvas comme ont lu quelques traducteurs.
ne sois pas trop facile à condamner celles de mes comédies qui te paraîtront dignes de blâme; songe qu'elles ont passé par les bancs de Flandres, qui sont les bancs des théâtres de Madrid. Remarque qu'avec ce conseil je fais plus ton aiïaire que la mienne ; si tu es méchant, tu en aquièreras la réputation et tu ne m'ôleras pas celle que j*ai conquise (sinon la renommée a menti), de bon poêle et celle de bon fonctionnaire à laquelle je prétends : vaU ! »
Alàrcon a voulu certainement se représenter lui-même dans le bienveillant don Juan de Mendoza de sa comédie intitulé : Las Paredes oyen (les murs entendent), -càT il a donné à ce personnage Tun de ses prénoms et Tun de ses noms et Ta fait comme lui disgracié de la nature, mais d'un cœur aimant, bon et magnanime. Dans les Faveurs du monde c'est encore son nom et l'un de ses prénoms qu'il prèle à son protagoniste Garci-Ruiz de Alarcon dont il fait également un homme plein degénérosité, d'honneur et d'amour. H y a la comme on indice de la vie inconnue de l'auteur. Tel que la chronique du temps nous l'a dépeint, ses aiïections ont sans nul doute rencontré bien des obstacles et des humiliations. S'il a pu toucher le cœur d'une femme, sa victoire a été le fruit d'une assidue persévérance et de combats intérieurs sans nombre. Aussi quand le héros de la comédie perd les Taveurs du prince de Castille à cause de leur rivalité auprès de la belle Anarda il se consoleen partant pour l'exil à la pensée du bonheur qui lui est réservé, puisque l'amour de sa maltresse équivaut à toutes les faveurs du monde; et qu'il l'estime plus haut que les tourments de l'ambition.
Don Juan Ruiz de Alarcon y Mendoza publia la première partie de ses comédies à Madrid en 1628, en un volume qui contient les huit pièces suivantes : Los favores del mundo (les faveurs du monde), La industria y lasuerte (l'industrie et le sort), Las paredes oyen (les murs entendent), El semejante à si mismo (le ressemblant à lui-même), La cueva de Sala* manca (la cave de Salamanque) , Mudarse por mejorarse
(changer pour trouver mieux), Todo es ventura (tout est chance), El desdickado enfingir {la feinte malheureuse).
Le second volunie qui comprend douze pièces parut à Barcelone, en 1634. Il renferme les ouvrages suivants :
Los empenos de un acaso (les engagements d'un hasard), El dueno de las estrellas (ie maître des étoiles), La amistad eastigada (le châtiment de Tamitié), La manganilla de Melilla (l'intrigue de Melilla), Ganar amigos (acquérir des •rois), La verdad sospechosa (la vérité suspecte), El anticristo (ranléchrisl), El tejedor de Segovia (le tisserand de Segovie), Los pechos privilegiados {\es seins privilégiés), La prueba delaspromesas (les promesses à Tépreuve), La cruelâad por el honor (la cruauté par honneur), El examen de maridos (rexamen des maris).
Ces vingt comédies sont indubitablement d'Alarcon puis* f «'il a pris le soin de les éditer lui-même. On lui en attribue Mpt autres sans preuves bien constatées. Elles sont intitulées : Quien engana mas à quien. No hay mal que por bien no venga ou don Domingo de don Elas, La culpa busca lapetut. ifuien mal anda en mal acaba. Siempre ayuda la verdad. Jjis hazanas del marqués de Canete ; enfin la septième de ces pièces réputées apocryphes est la première partie du Tisserand de Ségovie que les critiques espagnols contemporains R'accordent, malgré le mérite de l'ouvrage, à déclarer n'être pas d'Alarcon. Comme cette opinion n'a pas eu cours en France jusqu'à présent, je vais déduire les raisons que donne la critique moderne espagnole. Elle s'appuie d'abord sur le fait de la publication d'Alarcon lequel ne dit pas un mot d'une prétendue première partie de son drame. Si cette première parlie eut existé ou il l'aurait publiée à son rang ou il l'aurait au moins mentionnée; c'est de toute évidence. Ensuite, on trouve 4es noms de personnages, des faits et des caractères qui sont tout autres dans les deux pièces. Enfin le style du premier ouvrage est de beaucoup inférieur à celui du second el décèle dans la manière une toute autre main. Cette prenr)ière partie
do Tisserand aara saas ëooie clé i— j.ibi scèi ^vt, et pour la l!» à 11 fartaae et b nonée. k poÉs fsicms r^ leimiQée ai ftiast dire à 9M k?r« Rnaaé» :
« PoisqpM «la ne se f«t.t çii* f u:^» -r^ii? ^C3çlr. r ea ne donnera: ma vengeance dics Li s«xc>. * L'i;: «^ir de ia premitee partie, quel qull > ;î. ^tz r*»:* p.^iî*f t.. s se* déments dans les réciu de h p>T? rrEiiLTe.
Les deox vc4aices l'Alarowi s* il dec:-!^ à k-q lle<v^.: « très-excellent se^nesr dcn RàiccD Yt\ \^ «^ Gr^v i», d • ie Uedinade las Torres, marqcis de T.nL Bartii:^ de V*-t^ tcrio, comte de Parœa Coî eo el Vr :?nrr, seiit^esr d^ l? t e et des montagnes de B>û?r, le r v*i.e* d^ Cu r*â., dw Làtcan d'Abiados, do coiiseil des d d-es, c/ciiviD-iear d* v^.i^ p^as^ grand chaneelier des Ind^, t.tàirrier génère de la ce !ironne d* Aragon, capi laine J:s -^e • gectishooimes delà g^*vie de la personne roya'e et sol n.t!:-:: da corjisde 5. iL ie v;À PhiippelV.
Les deox dédicaees sont très-brèves et qn iqne respectaevaes dans les termes, elles n'ont pa? ia serrilitë que Ton peut r^rocher aux dédicaces de celte êp qie. Celle da premier ▼oinme se lermioe ainsi : « Ces hait comédies^ licites divertÎBBements de mon loisir, honnêtes produits de la nécessité où me plaça le retari de mes espéra aces, que Votre Excellenc^ les frenr.e S3U3 sa proicclion; quoiqu'il semble qo^après avoir passé par la censure du théâtre, un si paissant appui ne soit pas nécesîaire-, telle est Tenvie qu^elles ont besoin pourtant d'être prdtégée& »
Le poète qui eut Pinsigne honneur de créer chez les modernes la première comédie dr; caractère et qui ouviit à TËspagoe littéraire celte roule nouvelle et morale qu'elle se garda bien de suivre, fut, de son vivant même, si vite et si complè-
tenient oublié dans son propre pays, que sa comédie du Menteur, traduite en partie et en partie imitée par Corneille, fut de nouveau traduite du français en espagnol. On la représenta, réduite en deux actes sur toutes les scènes castillanes aux grands applaudissements de la foule qui jamais ne s'avisa de réclamer pour Tiionneur de son compatriote.
Schlegel, Boulerwek et Sismondi, dans leurs fantaisies sur la littérature espagnole, ne prononcent pas môme le nom d'Aiarcon. Il faut penser quMls n'en avaient jamais entendu parler et qu'ils en étaient encore à croire que Corneille avait emprunté à Lope de Vega la belle comédie du Menteur, Ces grands critiques du reste, embrassaient trop de matières pour être bien instruits sur aucune. Ils lisaient trois ou quatre pièces d'un auteur et bâtissaient là-dessus leurs systèmes. Pour se faire une idée de la légèreté de leurs appréciations on n'a qu'à se rappeler ce que Schlegel a osé écrire sur Molière : il ne voit dans le Misantrope qu'une dissertation dialoguée n'amenant aucun résultat, qu'une action pauvre qui se traîne péniblement, et le Tartufe, h quelques scènes près ^ n*est pas une comédie^ etc.
Quant à Signorelli, écrivain napolitain qui publia vers la fin du siècle dernier une histoire critique des théâtres, (l) il mentionne Alarcon mais c'est pour le confondre avec les auteursde second ordre, Zamora, la Hoz et Bancesde Candamo. Signorelli n'a lu dans toute l'œuvre du grand poète espagnol qu'une pièc^ qui n'est pas de lui ou du moins qu'il n'a pas comprise dans son recueil, c'est le don Domingo de don Blas ou no hay mal que por bien no venga»
Les critiques de nos jours se sont montrés un peu moins dédaigneux. M. Ticknor dans son histoire de la littérature espagnole (en anglais), a consacré trois pages à Alarcon, (\rm pages sur trois volumes c'est bien peu). Il loue la pièce intitulée Ganar amigos^ etdanscette pièce le caractère de don
(1) Signorelli, Storia critka de'teain, — Tome y.
Pedro de Luna ; il trouve que le Fernando du Tisserand de Ségovieaiûe la ressemblance avec le Karl Mohr des Brigands de Schiller, (à qui la faute!) La prédilection du critique américain est pour La verdad sospechosa pour Las paredes oyen et pour El examen de maridos^ enûn pour les comédies de caractère. En cela je ne saurais le blâmer.
En France, Alarcon a été le sujet d*un examen sérieux. Avec le talent brillant qui le distingue, M. Philareste Ghasies a analysé Ganar amigos, La verdad sospechosa, El examen de maridoSy La manganilla de Melilla et le Tejedor de Segovia, M. de Puibusque, dans son histoire comparée des litlératures espagnole et française avait déjà signalé les beautés du dramaturge mexicain. M. Ferdinand Denis avait fait mieux encore en publiant une traduction du Tisserand. Je dois mentionner aussi une imitation de ce beau drame, très bien adapté par M. Hippolyte Lucas au goût ou plutôt aux préjugés du théâtre français, et joué avec succès par Ligien M. Antoine de Latour, qui a publié de si excellents livres sur TEspagne ancienne et moderne, qui a si finement analysé Tirso de Molina, qu'il affectionne à bon droit, nous parlera sans doute aussi quelque jour d' Alarcon^ el cel esprit ingénieux nous le fera mieux connaître en l'analysant et en le comparant à ses rivaux et à ses imitateurs.
En Espagne, Alarcon a été discuté et loué suivant son mérite par les écrivains contemporains les plus considérables. Don Alberto Lista y Aragon rappelle que Calderon s'est souvent copié lui-même, que M oreto a des réminiscences de Tirso de Molina, et qu' Alarcon possède sur eux l'avantage de n'imiter personne et de ne jamais se répéter. La phrase qui suit exprime toute la pensée de don Uamon Mesonero Romanes... « Toutes ses comédies respirent une intention morale (chose si rare chez nos anciens dramaturges), tontes se distinguent par une admirable économie et par la simplicité de l'action, sans laisser pourtant d'être pleines d'intérêt, et toutes
ià INTRODUCTION
iont si porement écrites qu'aucun autre poète ne pourrait €11 cela régaler. »
Dans son résumé historique de la littérature espagnole, don Antonio Gil de Zarate établit que, sans être aussi abondant que Lope ni aussi poète que Calderon, Alarcon a plus de profondeur, plus de goût^ plus de correction et plus de philosophie. « Si les œuvres d'un auteur, dit-il, sont le portrait de son âme, sans doute celle d'Alarcon dût être belle, parce qu'en général le but de ses comédies est de blâmer le vice et d'encenser la vertu. Il se déclare le chami)ion de la vérité en montrant que celui qui Toulrage arrive à la rendre suspecte dans sa bouche; il flétrit le médisant, lui inflige un châtiment digne de sa langue vipérine dans Las paredes oyen (les murs entendent) ; ici il exalte la fidélité au serment dans Ganar amigos; là il met en scène le plus noble désintéressement de l'amitié dans El examen de maridos; dans la Prueba de las promesas, il démontre que les promesses doivent être sacrées ; partout enfin il fait voir des sentiments d'honneur, de délicatesse et de générosité. »
La première des qualités que tous s'accoiJent à reconnaître chez Alarcon c'est donc la recherche des caractères et du but moral dans l'action dramatique. C'était une grande nouveauté en effet dans un temps où les poètes les plus accrédités de l'Espagne ne s'occupaient que d'embrouiller les fils d'une pièce de cape et d'épée. Le grand Lope lui-même n'avait jamais imaginé autre chose; il est vrai que cela suffisait pour sa gloire, qui était immense.
Chez le dramaturge mexicain, cette qualité n'apparaît pas toutefois comme le fruit de la méditation, ni comme la mise en œuvre d'un parti pris d'a,vance. Son instinct le conduisait dans celte voie, mais il se délectait parfois aussi comme un autre dans l'impiovisalion de la comédie d'intrigue, à deux ou trois actions entrecroisées, ornées de scènes de nuit, de duels sous les balcons, et richement saupoudrée de gongorisme. Je dis parfoifi, car ce style précieux qui engonçait
eomme une fraise démesurée la littérature espagnole de cette époque n'était pas habituel à notre poêle. Il remployait de temps à autre, et pour certains personnages ; mais quand il 8*y livrait, il devenait aussi pompeux, aussi empesé, aussi obscur que Gongora lui-même. On aura quelques exemples de ce style dans les pièces dont le présent volume donne ici la traduction fidèle.
On ne trouve à aucun degré dans les poètes dramatiques espagnols, et moins dans Alarcon que dans tout autre, la mélancolie et rabstraction qui sont Tune des richesses, et Ton pourrait dire le fond même du drame de TOccident. Uamlet et Faust ne iieuvcnl habiter que les régions où souffle la bise du nord, parmi les pins et les mélèzes, dont le feuillage sombre perce le rideau gris du brouillard ; dans le drame espagnol il fait clair et chaud comme dans une plaine de la Gastllle ou de l'Andalousie. L'amour et l'honneur sont les deux cordes vibrantes que le vent brûlant de la passion agite à tout instant ; l'excès est dans tout, dans les actions comme dans les paroles ; l'exubérance du sentiment déborde comme celui de la politesse; le cœur d'un homme épris devient im Etna, l'objet quMl aime un séraphin humain, les faveurs d'une femme sont un ciel souverain; on ne se dit pas le ser- ▼ileor de quelqu'un mais son esclave, si l'on veut le remercier, au lieu de lui tendre la main on lui baise les pieds.
Cette exagération qui est dans l'essence même de la langue et du sol de l'Espagne, Alarcon, tout mesuré qu'il fût, n'y pouvait échapper absolument, mais il y tombe moins que les autres. Le monde qu'il met en scène est pris dans les idées de son temps et de son pays ; à très-peu d'exceptions près, c'est toujours r£spagne et les Espagnols de Philippe IV qu'il promène sous les ombrages du Soto de IMadrid ou sous les balcons de ses dames voilées ; c'est la passion ou la galanterie méridionale avec ses excès d'amour, d'honneuret parfois aussi de cruauté, quoiqu'il aborde rarement les sujets sanglants qu'affectionnait Galderon ; mais quand il les aborde il
sculpte la figure vigoureuse du tisserand Pedro Alonso, la face de réprouvé de VAntechrist, les deux Aulaga de la Cruauté par honneur. La plupart du temps il nous montre des cavaliers aimables et enjoués, des pères pleins de vertus et de npblesse, comme celui de la Vérité suspecte, qui est un modèle du genre. Les femmes d^Alarcon présentent des types plus variés, sinon plus tendres que celles de Lope de Yega. La Leonor de la pièce intitulée Changer pour trouver mieux, est tout autre que la dona Ana de Contreras des Murs entendent; la Theodora du Tisserand, la Jiraena des Seins privi' légiés, la Flor de Ganar amigos^ TAlima de la Manganilla de Melilla, la Inès de VExamen des Maris, sont des compositions très-diiïérenles les unes des autres, et qui toutes réunissent le charme à la vérité. Les suivantes et les valets sont spirituels, féconds en moyens, et plus mêlés à la vie réelle que les graciosos ordinaires du théâtre espagnol, lesquels souvent ne se trouvent là que pour donner la réphque à leurs maîtres.
Ce qui distingue la pensée d'Alarcon en général c'est las* clarté; il est plus humain que lyrique; il voit l'être réel plutôt que l'être composé, ce qui fait que ses types ont un corps tangible, et qu'on ne saurait oublier quand on les a vus une fois Fernando Ramirez, le bandit de la sierra de Guadarrama, le marquis don Fadrique de Ganar amigos, don Beltran, le noble et généreux père du menteur don Garcia, Rodrigo Villagomez des Pechos privilegiados, Garci-Ruiz de Los favores del mundo.
Les belles scènes, les réparties vives et ingénieuses, les dialogues empreints de naturel et de tendresse, les récits charmants où le bonheur de l'expression relève encore la saveur de l'idée, abondent dans le théâtre d'Alarcon, et pas un auteur espagnol n'use d'un langage plus élégant, plus condensé et plus irréprochable. Si en passant il sacrifie au cultisme ou à la préciosité, croyez bien que c'est pour ne pas trop déchaîner contre lui les mosqueteros du parterre, que le grand
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Lope avait habitués à cette pompe d^oripeaux. Le patio des théâtres de la Gruz et del Principe trouvait en effet notre Mexicain bien avare de conceptos et de tous ces enjo* livements hyperboliques que la multitude goûtait par-dessus tout ; aussi lui garda-t-il rancune pendant toute sa vie de sa sobriété calculée en celte matière, et il fallut les leçons du temps pour qu'Alarcon^ découvert d'abord par Corneille dans !e ciel poétique de TEspagne, fut apprécié plus tard à sa juste valeur par le pays qu'il avait illustré de son génie.
Alarcon n'a rien innové quant à la partie mécanique de son art. Sa forme scénique est celle qu'ont imaginée ses devanciers, et que ses successeurs suivront jusqu'au jour où viendra la décadence du théâtre en Espagne par l'introduction de l'élément français, c'est-à-dire jusqu'à l'avènement de Philippe V. Cette forme, je l'ai dit ailleurs, a pour défaut l'abus des changements à vue et des a parte, le peu de souci de la vraisemblance, la trop grande complaisance des dénouements. De nos jours c'est le contraire qui arrive, la partie mécanique est irréprochal>le, les boites à surprises sont aussi bien préparées que si Kobert-Houdin ou Hamiilon y avaient mis la main ; mais quant aux caractères, quant au but moral, quant à l'analyse philosophique^ quant à la pensée, quant à la poésie, c'est de propos délibéré néant, ou à peu près.
Le théâtre complet d'Alarcon, celui qu'il publia lui-même, et le seul qu'il ait avoué, se compose donc de vingt pièces, toutes divisées en trois actes, et non en journées, et écrites pour la plupart en vers croisés, le premier rimant avec le quatrième et les deux autres entre eux. Celles dont j'offre ici au public la traduction sont au nombre de quatre. La vérité suspecte. Changer pour trouver mieux, Acquérir des wmis, et Le tisserand de Ségovie, De ces quatre comédies Le tis^ serand seul a déjà été traduit, et très-bien traduit par mon ami Ferdinand Denis, à qui je demande pardon de refaire ce qu'il a si bien fait. Mais l'édition de ses Chroniques chevaleresques de VEspagne et du Portugal est à peu près
épuisée, el d'ailleurs, voulant publier le théâtre d'Alarcon, il ne m'était guère possible de passer sous silence Tune des plus belles créations de mon auteur. Il y a du reste entre les deux textes que nous avons suivis des différences notables ; celui que j*ai pris pour guide est le texte édité par don Jaan Sugenio Harlzenbusch dans la collection Rîvadeneyra. On saH que ces publications sont revues sur les éditions originale« et sur les manuscrits.
Je n'ennuierai pas le lecteur d'un parallèle entre la Vérité suspecte d'Alarcon et le Menteur de Corneille ; il reconnaîtra bien de lui-même les emprunts nombreux de notre grand tragique. Je ne doute pas qu'après la lecture de la comédie d'Alarcon, il n'approuve le poète français d'avoir dit, avec l'bonnêteté qui le caractérisait, qu'il donnerait les deux plus belles de ses comédies pour que le sujet du Menteur fut de son invention.
Chcmger pour trouver mieux^ {Mudarse por mejora/rse) m'a paru l'une des compositions les plus originales et les plus charmantes d'Alarcon ; cette pièce est absolument inconnue en France et aucun critique, que je sache n'en a encore parlé.
Voici en quelques mots l'argument de cette comédie.
Léonor est une petite fille de province qui arrive de Séville à Madrid, chez dona Clara, sa tante, pour y attendre que l'occasion se présente de lui trouver un parti convenable. Elle a de la beauté, de la naissance, mais peu de fortune. La tante qui doit lui servir de Mentor, est une jeune veuve coquette qui se laisse courtiser depuis deux ans, par un jeune homme qu'elle adore. Celui-ci l'aime assez peu pour chercher à séduire la jolie nièce, qu'il regarde comme une proie certaine, et quand Léonor lui reproche d'oublier sa tante pour elle qu'il ne connaît que d'hier, il lui répond : « Je change parce qc^ je trouve mieux. » Léonor se sent d'abord attirée par les protestations d'amour de don Garcia et ils conviennent d'une ruse très-ingénieuse pour se parler et s'entendre par signes, mênoe en présence de doîia Clara. Ce moyen qui rappelle la comédie
de GalâeroD, iolitulée elsecreto à voces^s'tïï éloigne complètement dans le développement de Taclion ; ce n^est du reste qu^un des moyens de la pièce, ce n^en est pas le sujet. Lt petite fille très-prudente et pleine de tact pour se garder elle-même, a bientôt vu clair, malgré le penchant secret de son cœur, dans les sentiments et les pensées égoïstes de don Garcia et elle se gare d'une séduction dangereuse, dirigée par le simple instinct de sa conservation. Elle amène du même «oup à lui offrir sa main et son titre, un marquis très épris de ses charmes et qui comptait aussi triompher à meilleur compte de son inexpérience. Aux reproches de don Garcia, furieux d*étre ainsi joué par une enfant, elle répond naïvement, mais avec résolution : « Vous avez perdu Toccasion de me conquérir. — Gomment cruelle ? un si prompt changement? — rai changé pour trouver mieux. »
Et la servante Mencia s*empresse d*ajouter, résumant la moralité de Taction. « Elle le paye en sa même monnaie. >
Le lecteur suivra, je crois avec plaisir la marche de ce pla« ingénieux; il remarquera la franchise et roriginalilé des caractères; il appréciera surtout celui de la jeune Sévillane I^onor, fleur un peu hâtive, mais pleine d'une saveur piquante éclose sous les rayons du soleil andalou.
Je fais suivre la traduction de Mudarse por mejorarse de celle de Ganar amigos, (acquérir des amis), œuvre d'une grande moralité qui nous présente le développement du plus noWe et du plus généreux caractère dans le personnage di chevaleresque marquis don Fadrique. « Corneille, dit M. Phifarete Ghasles, eat fait une belle tragédie de Ganar amigos^ chef-d'œuvre héroïque d'Alarcon, dont le menteur est le chefd'œuvre comique. Non-seulement la pièce est bien créée et mtéressante, mais elle est simplement et puissamment écrite^ Elle rappelle ces immenses feuilles des arbres des tropiques qui serviraient de lit à un enfant. »
Quoique basé sur l'héroïsme, ce drame excellent n'appartient nullement au genre admiratif. La sympathie ne nait pas
des belles maximes ni de la philosophie des mots, mais bien de Taclion pressée el brûlante, et du choc des passions les plus contraires. Dès l'entrée en matière, Fernando de Godoy qui vient de tuer un homme sans le connaître réclame la protection du marquis, et bientôt le marquis découvre que c*est le meurtrier de son frère qu'il a juré de proléger, et que de plus ce meurtrier pourrait bien èlre Tamant préféré de la femme qu'il aime. II lui tint parole, cependant, et après Tavoir mis en sûreté hors de la ville, il le provoque parce qu'il refuse de s'expliquer et lui accorde la vie quand il l'a vaincu et quand il aurait pu le tuer selon la loi du duel.
Le généreux marquis veut ensuite éloigner de la cour son ami don Pedro de Luna pour le soustraire à une vengeance du roi, et l'ami interprétant mal sa pensée le perd au lieu de lui témoigner sa reconnaissance. Devant l'accusation d'un crime qu'il n'a pas commis, devant l'échafaud qui le menace la grande âme du marquis ne iiéchit pas, et il ne veut pas que son sang soit racheté par celui de ses ennemis repentants, devenus ses amis les plus dévoués. Le roi intervient enfin pour dénouer l'action el pour récompenser l'héroïque persévérance de l'homme de bien qu'il a pu soupçonner un instant.
J'ai eu la fantaisie de traduire en vers celte belle comédie intitulée Ganar amigos, el je l'ai traduite en vers de huit syllabes, entremêlées parfois de vers de dix comme dans l'original. J'ai pensé que malgré la répugnance de notre époque pour tout ce qui est vers, il était bon de reproduire, au moins une fois dans sa forme complète une comédie espagnole. Je me suis tenu aussi près que possible du texte et j'ai lâché de conserver dans les vers comne dans la prose, non-seulement le dessin mais la couleur de l'auteur que jai reproduit. Pour qu'une traduction atteigne son but, elle doit ne pas se borner au contour, mais bien accuser le relief qui est la vie. Le style d'Alarcon n'est pas celui de Cervantes ni celui de Tirso ; si je n'ai pas su marquer cette différence, je n'aurai pas rempli
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toQte ma tâche ; c^est U idoo moi le critériva de tosSe tr»-
dactioD.
Le tisserand de Ségime tnacbe hvtn sar le gecre k-y;:** appartient la pièce qui le précède. Le timemA est la cmUw ia plus violente de notre poète nexkaks. C»rac:en«, poién, paysage, langage, toat 7 est abrnpl et eicnaL La le^^^saoce, sentiment si cher à l'andeoiie E^Mgne, j &l saiicréc a xrr^ traits; comme elle se fonde sur ooe casse j este, e.e %*::^^wt presque à la hautear d'one rerta, et eo assistant a soo ^^ccomplissement inflexible, le spectateor se leot ent'afn^ ren rhéroique bandit par nue sympathie à UqntM û ne pest échapper.
Je tel mine ce volnnoe par TanalTse dét^i^ée de inze antres pièces formant le complément de l'œuwrt de don Jo^o huii de Alarcon y Mendoza, afin que le lecteor fraDcaU puisse avoir sous les yeox tont reosembie de sod tb-rétre.
Il ne me reste plos maiolenaDt, à la auciere d^ auteurs castillans, qu'à demander pardoo de mes fauies et à rensercier la critique française et étrangère d*avoir bien vooio m'encourager dans la tâche on peu ingrate que j'ai entreprise en cherchant à faire connaître chez nous Tôn-'i^fo théàlre espagnol. Je n'ai pas le dessein de mcLcr cette tâche jusqu'ao bout, mais j'espère que de plos jeunes et de plus habiles viendront à mon aide et que la France, grâce à leurs eflorts, appréciera un jour cette vieille littératore dramatique de l'Espagne, source abondante où Corneille et Mol.ère ont puisé, tronc robuste sur lequel leur main paissanle à greffé ce théâtre français dont nous sommes fiers à si bon droiL
Si mars i86&.