SCÈNE XV
LE MARQUi8« DON P&DRE.
LE MARQUIS
Ah! don Pèdre!
Un souci me tient, iMarquis, pardon si je m'abuse, ne votre part, ce rendez-vous [ndique-t-il quMci je puisse Vous obliger par un service?
LE MARQUIS
L'amitié qui règne entre nous Veut mutuelle confiance.
Il vient d'arriver un courrier De Grenade; un noble guerrier, Un général plein de vaillance, Don Miguel Garabée est mort El d'occuper ce poste insigne Votre personne seule est digne.
J'ai voulu vous [larler d'abord.
Afin de savoir par vous-même Si je puis proposer au roi De vous investir de l'emploi.
A part.
Par cet habile stratagème Je veux le sauver du trépas.
ACQUÉRIR DES AMIS Ul
Pendant ce temps la destinée Peut, contre lui moins acharnée, Cesser de poursuivre ses pas*
DON PÈDRE à part.
Devancer ainsi ma demande.
Moi , qui jamais ne Tobligeai l Quand du roi le mieux protégé Doit solliciter chaque offrande I Méfions-nous , pourquoi veut-il Que de Séville je m'absente ?
Il croit qu'Inès est innocente Et n'entrevoit aucun péril ; Sans doute il craint mon influence ; Tout près d'être jaloux de moi , Il veut en m'éloignant du roi, Couper le fil de ma puissance*
Haut.
Je suis reconnaissant, marquis, De ce témoigoage d'estime.
Mais de ce prix illégitime S'offenseraient les droits acquis De mille vaillants gentilshommes Qui par Tépée et le talent Vainquirent le Maure insolent.
Demeurons ainsi que nous sommes.
Je vis content, désabusé.
Et ne veux dans mon indolence Ni plus d'or ni plus de puissance Tenez-moi donc pour excusé.
LE MARQUIS^ à part* Haut.
II se perd ! Le bien du service
Veut pourtant..
DON PÈDRB.
Tant de bons soldats Dontrfispagne fait plus de cas Rempliront'bien mieux cet office.
LE MARQUIS
Qui donc?
DON PÈDRE
Ballen.
LE MARQUIS
Son devoir.
Sur i*heure en Aragon l'appelle.
PON PÈDRE
Marmelejo...
LE MARQUIS
J'ai la nouvelle Que pour la France il part ce soir.
DON PÈDRE
Eh bien , Don Francisco d'Estrade.
LE MARQUIS
n est infirme et déjà vieux.
DON PÈDRE
Don Fernand de Alanrique.
LE MARQUIS
AU mieux Avec rinfant Henri. Bravade Que tout cela I... Pèdre acceptez De cet emploi l'offre amicale.
Gardez bien la faveur royale.
DON PÈDRE
A voir comme vous m'y portez, Il semble que c'est votre affaire.
LE UARQUIS.
Vraiment vous m^avez deviné. Et Tami que Dieu m'a donné Absorbe ma pensée entière; Oui , je suis jaloux de son bien Gomme si c'était le mien même.
DON PÈDRE
Marquis, c'est prouver que Ton aime.
Mais j'adopte peu ce moyen.
LE MARQUIS
Réfléchissez , je vous conseille...
DON PÈDRE
Vous faites le rayslérieux.
A part.
Tant d'amitié m'ouvre les yeux ; Dans mon cœur le soupçon s'éveille.
Haut.
Pour vous étonner tout à fait Je réponds : votre avis est sage, Mais moi je cherche mon dommage.
LE MARQUIS , à part.
Son aveuglement est complet.
Mais plus il s'empresse à sa perte.
Plus je dois veiller sur ses jours.
Cœur épris se trompe toujours.
DON PÈDRE
Est-il autre chose?,..
LE MARQUIS
Non , certe l Adieu ! mais je vous dis encor Réfléchissez,
250 ACQUÉniR DES AMIS
DON PÈDRE , à part.
Sa basse envie Veut me perdre, mais, sur ma vie, C^est moi qui te perdrai d'abord.
LE MARQUIS, à ptrU
Je le sauverai quoiqu'il fasse, Et je finirai ses ennuis.
Je ne serai plus qui je suis, On du roi j'obtiendrai sa grÀce,
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