‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 186 sur 192 · L'ANTÉCHRIST · texte numérisé non relu

L'ANTÉCHRIST

EL ANTICRISTO

Celte pièce est un véritable auto saoram$ntal. L'invention y tient peu de place, mais on y trouve quelques belles scènes, de grandes pensées et un style ferme et coloré.

Le faux Elie raconte aux Juifs que son sommeil a été illa«» miné par une vision. Un être bizarre et terrible lui est ap* paru, disant : « Je suis le roi, le messie promis aux Hébreux. Je régnerai à Jérusalem et je rééditerai le temple de Halo* mon. J'habite les ruines de Betsaïda. Elie, viens m'y chercher aussitôt que sera dissipé ton sommeil I Pour témoigner de ta mission, je t'imprime mon sceau sur la main. » Il dit: et il s'évapora en fumée. Je m'éveillai et je vis avec terreur, im* primé sur la paume de cette main, ce caractère qui frappe vos yeux.

Les Juifs crient au miracle. Le faux Elie ne laisse pas j-ôfroidir les enthousiasmes , et il entraîne ses adhérents sur le chemin de Betsaïda, pour aller saluer le messie qui doit donner la liberté au peuple de Dieu et un roi à Jérusalem.

Le poète nous transporte alors dans le désert qu'habite le faux messie. L'Antéchrist parait avec sa mère.

— Fils de malédiction l lui dit-^Ue, ne te suffit-il pas d^èlre le fruit incestueux de celui qui étant ton aïeul devint ton père, faut-il encore que tu veuilles^ dans ta criminelle lasciveté, devenir Tépoux de ta mère ? Un pareil fils est digne de la tribu de Dan et d*un père que Dieu a maudit I

— Que m'apprends- tu? répète-le encore. Moi, de la tribu de Dan ? moi, le fils de mon aïeul ?

— Pourquoi Tétonner? Tes penchants ennemis du ciel ne te disent-ils pas, si je te le tais, qu'une infâme union a pa seule produire un monstre tel que toi? mais apprends ton origine puisque ton crime et ma peine m'obligent à le la révéler. Un homme, faux docteur à Bubylone, obscur descendant de Dan, poussé par sa passion pour sa sœur Saba^ épouse-vierge d'Oreb absent, commit sur elle, par la force, un adultère et un inceste. Moi, malheureuse, je naquis de ce crime. Plût au ciel que je fusse morte informe embryon, puisque de moi devait naître un crime plus grand encore I Je grandis et le vert printemps de mes années avait à peine atteint le troisième lustre quand ce même homme, embrasé d'amour pour moi, abusa de ma jeunesse et flétrit l'honneur de ton père, sans que je pusse me délivrer de sa violence. Tu fus le rejeton incestueux de ton aïeul, père et oncle. Mon outrage s'accrut dans mon sein et révéla ma honte, et en te mettant au jour je confessai cette action impie à ma mère, que les furies incitèrent à la vengeance... Je rêvai qu'au lieu d'un enfont, je mettais au monde une étincelle, laquelle produisait un incendiç qui montait audacieusemeut vers le ciel, et qui d'un vol rapide, redescendait en un Instant sur la terre, emplissant de flamme et d'épouvante toute la région des éléments. Une divinité m'apparut au milieu de cette lumière et m'assigna pour retraite le désert de Galilée. Puis elle s'évanouit dans le sjlçnce de la nuit,

ANALYSES Ûô3

Je remportai donc à Betsaïda où je relevai. A peine avaistu cinq ans que ton bras poursuivait les bêles féroces et que tes rêves s'égaraient dans les sphères célestes. Pour tromper tes mauvais instincts, je te fis croire que tu descendais de la tribu de Juda. Mais je ne sais quelle souveraine intelligence te révéla mille sciences et tu n*en profitas que pour te livrer à tous les crimes. Plaise au Dieu d^Israél, monstre infâme, que tu meures de la méchanceté, et que suivant les signes de mon rêve tu irrites tellement le ciel contre toi qu'il te pré* cîpite dans les abîmes du tourment éternel, compassion et terreur de l'enfer lui-même l

— Va, répond le fils de cette mère maudite, accumule les imprécations, les injures, les colères, les malédictions ; je me complais dans tes exécrations. Ce qui est juste afflige et tourmente seul mes pensées, parce que non-seulement jç me réjouis de pécher, mais aussi d'avoir péché. Si je suis si méchant, si le génie du mal assista à ta conception, la faute en est à toi, au misérable destin. Je naquis de toi, je vis par ta foute. Accuse ton imprudence qui devait changer en tombeau le berceau d'un pareil enfant. Mais puisque la malice du sort et l'indignation du ciel ont voulu que je vécusse pour ton malheur, je veux te dire une dernière fois ce qui m'a poussé à satisfaire mon goût, et à entreprendre ton châtiment. Cette intelligence occulte qui, le jour de ma naissance, te fit voir sous une apparence fantastique une étincelle répandant partout Tincendie, a trempé mon âme de telle sorte qu'excédant les limites humaines, je m'élève à la connaissance des secrets divins ; elle m'a donné aussi une telle puissance, que du royaume de la lumière jusqu'à la région des ombres, tout obéit à mon caprice. Rien ne m'est impossible. Je suis le rival du pouvoir éternel. Je noierai la terre dans de fausses lois et dans de vaines croyances, et je la forcerai à voir en moi le Messie pré-

dit par l6t prophètes. Maintenant» comme pour eiéculer de •i hanta desseins 11 faot qne Ton eroie qae la tribu de Juda m*a donné naissance, ainsi qne l'a prophétisé Jacob, je Yeux détrnifs en toi le sang de Dan qne tu tn'as transmis. Le terme de ta vie est arrivé. Sois ma première victime. Que (Selle qui engendra un tel fils meure par ses mains.

•^ Malheur sur loi 1 malheur sur moi 1 8*écrie la malheu* Muse femme en tombant sous les coups de son fils. Après ravoir tuée il la jette dans une caYerne. ^ Oaverne obscure, dit-il, toi à qui je confie ce cadavre, garde au fond de ton insondable sépulture le aecrel de ma naissance et de mon forfait I

Cette scène, oomme on peut le voir par cette traduction un peu abrégée» a de la grandeur et de la puissance, elle ouvre l'auto d*une façon tout à ikit épique ; malheureusement le reste de la composition ne se soutient pas à cette hauteur. Les Juifs, conduits par le ftiux Elle, viennent donc à Betsaïda se prosterner devant r Antéchrist.

—-Salut, divin Josué, qui dois nous rendre nos libertés! — Salut nouveau Joseph-Isaao^David'^Prophète-Roi-Messie I Et l'Antéchrist répond :

•« Vos voix sont venues jusqu'à mol, Hébreuï. Salut, Elle, qui dois être le précurseur de ma venue! Pars et rends-toi à Babylone, publie les vérités que tu vois, prépare ravènement de mon règne. De là i! se répandra sur Tunivers. «-«Hommes, s*écriele foux Elie, c*est bien là le Messie! Parmi la foule qu'amène la curiosité auprès de Timposteur, se trouve une jeune fille chrétienne, nommée Sofia, qu*accompagne son frère, chrétien comme elle. Sofia répond aux proclamations de r Antéchrist en lui disant i

^ Tu mens, esprit trompeur, qui viens troubler la tem avei de telles nouvelles; tu mens, toi qui son de Tablme

pour combattre rEgliset Mais moi, le plus humble des soi* dsis de la croix» je te vaincrai et je mettrai ta tète sous mes pieds.

La foule murmure contre la jeune fille audaeiettse et veut qu*elle aoit mise à mort) mais le faui Messie qui la trouve belle et qui veut la réserver pour son harem la sauve, et tous de crier à la miséricorde du fils de Dieu.

Au second acte, PAntéchrist règne à Babylone. Tous courbent la tète, les chrétiens seuls résistent. Le foux Klie excite le prophète à massacrer ces incorrigibles ennemis. On le nomme général des armées babyloniennes et il se prépare aux rigueurs. Sur ces entrefaites arrive le véritable Elle.

*-* Jésus-Ohrist, dit41, est le vrai Messie. Toi tu es le céraste, le serpent, le bélial, la bète déca-cornue qu^oot prédite les Pères ; tu es le fils du péché, P Antéchrist en un moi

Après une controverse théologique engagée entre les deux parties, TAntechrist déclare à la face du peuple hébreu qu*£lie vivra afin qu^il soit témoin de ses triomphes et quMl confesse plus tard la vraie foi. Puis il retourne dans son harem, où il a fait eoDduire la belle chrétienne, qui la veille Ta bravé.

-- Les résistances de Sofia ne font qu'irriter les désii'S du satrape babylonien, et la passion remporte jusqu'à offrir à celle qu*il adore de devenir reine et de partager son pouvoir.

— Du couchant à Taurore, belle Sofia, tu ne trouveras pas un lieu oit tu puisses te cacher, et tu peux être la reine de celui qui est le roi des éléments. Réponds-mol. La rigueur ferme-t-elle tes lèvres et se venge-t-elle de ma puissance sur mon amour f Soage que ce que je demande je puis le prendre. Résous-toi donc h donner ce que je ne prends pas, pouvant le faire, et je te saurai gré de m'acoorder ce que tu ne peux me refuser*

** it parle* répond Sofia, parce que de mon silence tu

pourrais coDclure qae je consens. Je ne suis touchée, barbare blasphémateur, ni par ton amour ni par ton pouToir. Tai plasé ma confiance dans le Dieu suprême.

— Gomment penses-tu te défendre de moi quand tu vois le monde trembler à mes pieds, et la mort à mes ordres?

-— Ma volonté est immuable.

— Ne connais-tu pas ma puissance ?

— Sa force est vaine avec moi.

— N'es-tu pas femme ?

^ Je suis chrétienne.

— N'es-tu pas faible 7

— J'ai foi en Dieu.

— - Qu'il te protège donc contre moi ce Dieu en qui ton ignorance se fie!

— Jésus, secourez-moi !

— Le faux Messie se précipite sur elle. Le prophète Élie parait soudain et lui crie :

— Ne crains point, Sofia, Dieu est avec toi I Fuis ce monstre ennemi, pars pour Sion, c'est là que tu le vaincras I

Au troisième acte, l'Antéchrist fait son entrée à Jérusalem, dont on lui apporte les clés. Il ordonne de commencer la réédification du temple de Salomon. Mais au comble des honneurs et de la puissance, il pense toujours à cette jeune chrétienne qu'il aime et qui toujours lui échappe.

Ministres de l'enfer, s'écrie-t-il , vous me la donnerez on je confesserai que Jésus est Dieu !

Pour divertir sa tristesse, il se rend dans son harem. Les femmes cuivrées et noires del'Ëgypte et de la Libye dansent autour de lui, secouant leurs chevelures semées de perles et de monnaies d'or et faisant sonner dans leurs mains les crotales d'argent. Le démon mis en demeure par la menace du fils de Dan, fait alors paraître devant ses yeux la chrétienne qu'il regrette.

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