LA RUSÉ DE MELILLA
LA MANaANILLi SB UBLILLA
Le sergent Pimienta déguisé en Maure cherohe à rentrer dans Melilta, ville espagnole sur la côte africaine. Il accompagne une jeune fille arabe à qui il a servi de guide. La jeune fille Taccuse de ravoir trahie et de vouloir la conduire à Melilla pour la vendre aux marchands chrétiens. Survient le général Yanégas avec ses soldats*
-^ Qu*ob saisisse ces Maures! s'écrie-t-il.
Pimienta se nomme et obtient sa grAoe. Lorsqu'ils sonl tous arrivés sous la tente de Yanégas Alima conte au génénl chrélien son histoire : « Mon père» dit-elle, est un noble Maure nommé Abenyufar, Tun des favoris du roi de Fes. Pour moa malheur je crûs bien vite sous son toit en amour et en beauté. Parmi mes soupirants l'Alcaide de Bucar» Aeen, se moatra le plus empressé. Gomme je lui résistais^ il brisa une nuit la porte de mon jardin et secondé par une troupe de Malires masqués il m'enleva et m'emmena dans sa ville.
Quoique sa prisonnière je continuai ma résistance ; « Bil^ bare Maure, lui dis-je, homme sans loi et sans Dieu, ne crois
pat que tu me vaincras ! Vive Allah! si tu persi8te9 je te dé« chirerai avec mes dents et ayec mes ongles. Il devint plus calme et me permit de l'accompagner h la chasse. Je profitai de' cette liberté pour m'enfuir à travers les montagnes et les plaines et je n'arrêtai la course de mon cheval que lorsque je rencontrai cet Espagnol qui par la ruse me fil son esclave* Mais depuis que je suis à toi, brave général, j'aime mieux me voir esclave à Melilla que libre à BUoar.
— J'admire ta beauté, répond le général castlHaû; et je plains ton sort.
— Je me fie à la noblesse.
La ruse de la Mauresque réussit, et leuché de ses grâces le général l'achète au sergent Pimienla qui se désespère, car il comptait garder pour lui sa capture.
'Tous les efforts d'Alima tendent dès lors à enflammer le cœur de son nouveau maître. « Tu crois donc, lui dit sa. compagne Arlaja, que le général t'aime?
-^ Ou je connais mal l'amour, répond Alima, ou ses flèches ont blessé le chrétien. Quoiqu'il cherehe à le caoheri le feu de son âme s'échappe de ses yeux en élincelleSi Je ferai si bien que sa jalousie me découvrira ce que me cache son amour. Dans la chaleur du jour il a coutume de venir se reposer près de cette fontaine, je l'alteiidrai icii Laisse-moi seule, car je l'entends.
Alima se couche sur le gazon et elle feint de dormir.
Vanégas s'arrête devant ce tableau qui l'enchanle* Il voudrait fuir, car il sent faiblir son cœur^ et 11 à hOnte de se voir dominé par celte passion pour une Infidèle. Mais il aperçoit une lettre dansr la main de la belle dormeuse» Il veut savoir ce qu'elle contient, et il lit : « Je le donnerais mon cœur s'il était encore à moi ; mais si un cœur qui ahne doit être ré-
UiS ANALYSES
compensé par Tamour, lu verras par ma constance que, qud que soit ton amour, le mien le surpasse encore.
— Quelqu'un , murmure Vanégas en pâlissant de jalousie, a donc médité d'être aimé d'Alima?
— Oui, répond la jeune fille en feignant toujours de dormir.
— Peut-être dit-elle la vérité dans son rêve. Puis s'adressant à elle :
— Aimes-tu, belle Alima?
— Oui, j'aime.
— Et tu es aimée?
— Je ne sais.
— Etquiaimes-tû?
— Toi.
— Et que suis-je, moi?
. — Mon maître.
— Et qui a écrit cette lettre?
— Mon amour.
Tout à coup Alima se lève en se frottant les yeux comme si elle venait de s'éveiller. Interrogée par Vanégas, elle dit qu'elle répondait sans doute dans son rêve.
— Et que rêvais-tu ?
— Des folies.
— Dis-les-moi.
— Je rêvais que tu m'aimais et que tu me le disais. Vois quelle folie I
— Cela ne se peut-il pas ?
~- Je n'ai pas tant de mérite étant ton esclave.
— Achève.
— Je rêvais aussi que je t'aimais et que mon amour le disait... Mais quelle extravagance !
— Pourquoi?
— Parce qu'il n'est pas raisonnable qu'une femme ose la première découvrir sa passion. C'est à l'homme à parler le premier.
— T'ai-je dit de te déclarer?
— Et moi, t'ai-je dit que je t'aimais?
— Est-ce que j'ai parlé de cela ?
— Et moi, ai-je avancé par hasard que tu l'avais dit?
— Enfln si je t'aimais, m'aimerais-tu ?
— Je crois que oui.
— £t si je ne t'aimais pas 7
— Je t'oublierais.
— Tu triomphes donc de l'amour ?
— Si cela était, je l'aurais caché.
— Pourquoi disais-tu donc toul-à-l'heure que tu m'aimerais si je t'aimais ?
-- Parce que ton amour entraînerait le mien. On aime quand on se sent aimé.
— Eh bien I je t'aime.
— Eh bien I je partage ton amour.
L'Alcalde Acen de Bucar arrive àMélilla pour traiter du rachat de la fugitive Alima. Pour éviter d'être remise entre les mains de l'Alcalde, Alima déclare qu'elle renie la foi mahométane et qu'elle demande le baptême. Mais pour se délivrer d'un amour qu'il regarde comme un sacrilège, le général met en doute la sincérité de la déclaration d'Alima. Elle réitère sa profession de foi.
— Je dois donc tout risquer pour te conserver, dit Vanégas, puisque le Christ mourut pour nous sauver tous.
— Eh bien I s'écrie l'Alcalde, tu verras sur tes murs les étendards de Mahomet.
— Maure, Dieu me défendra !
Up morabite a prèc)ié la guerre suinte dans la mon^
tagne et 1m Marocains aooourent oq muses profondes pour donner Tassaut à Melilla, Vanégas feint alors de vouloir aban* donner la place. Il fait ouvrir les portes, en tenant toulefoii les forts bien armés. Quelques soldats espagnols s'embusquent comme pour éviter la bataille inégale qui se prépare. Les Maures donnent dans la ruse du général espagnol, et, croyant faire la garnison prisonnière» ils sont pris eux-mêmes et désarmés.
— Alima s'empare d'Acen et le somme de confesser la foi | catholique et de renier Mahomet.
•^ Je t*o])éirai si tu veux m'accorder une grâce.
— Pour sauver ton ftme» Aeen, il n'est rien que je n'entreprenne.
— Jttre*iDoi donc que personne ne t'épousera*
— Je te le jure.
-- Eh bien l je meurs chrétien.
— Viens donc recevoir le baptême.
Les prisonniers Maures seront réduits en esclavage à moins qu'ils ne se convertissent. Tous demandent le baptême et le général espagnol déclare qu'il veut être le parrain de tous.
Telle est cette étrange comédie dont la fabulation nous parait aujourd'hui tout à fait folle ; mais qui s'adressait à un peuple fervent et tout à fait convaincu du miracle que Fauteur met en action pour conclure selon la tradition de la foi catholique.