‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 25 sur 192 · SCÈNE XVI · texte numérisé non relu

SCÈNE XVI

DON GAKCIA et TRISTAN, dans la rue, JACINTA et LUCa£ClA^ au balcon.

mcasciA^bAB àJacioia« Tuesri2éroinederhi0loire,i^â^ûBds en mon nom.

DON GAROtA. É(es-vous Lucrecia ?

jAfjNTA. Vous êtes don Garcia?

DON GARfiA. Je suis ccluî qui trouva aujourd'hui danf l« rue des Orfèvres le joyau le plus précieux que fabriqua le cid; celui qui, en vous épousant, vous estime un te! prix, qiiVnflammé d'amour, il vous donne sa vie et son Ame. Je fnns enfin celui qui s'enorgueillit d'être à vous, et qiiî comineiice à vivre aujourd'hui parce qu'il est Tesclave de Lucrecia.

JACINTA, bas à Lucrecia. Amie, ce cavalicr adore toute» tes femuïes.

LUCRECIA, de mi&me à Jacinta. L'homme est enclin à troBiper.

JACINTA, de même. Celui-ci cst un grand fourbe.

DON GARCIA. Tattcuds, madame, les ordres qu'il vous plaira deme donner.

JACTNTA. Ce que je voulais vous dire ne peut avoir fieu.,.

TRISTAN, à l'oreille de son maître. Esl-Ce elle? DON GARCIA. Ouî.

JACINTA. Je VOUS avais préparé un beau mariage, lirais j^ sais maintenant que vous ne pouvez vous marier. DON GARCIA. Pourquol?

JACINTA. Parce que vous êtes marié.

DON GAR€iA. Moi, marié?

LA TÉRITÉ SUSPECTE 7i

ïàemrà Toi».

BOif GARCIA. Je sois gSFÇ», Wve DUm I Celui 91^ vw» a M ^9, fs^9 a trompée.

jAenfTA, bas h Lucree». YH-OD UD plvs grand inipMlMir?

LUCREGIAy de même à Jacinta. H ttC saîC qtie mentir.

JAGINTA. Vous voulez mc persuader une teMe cboscT DON GARCIA. Vivc Dîeu I je suis garçon f

JACINTA, bas à Lucrecia. Et il le jure I

LUGRECIA, de même à Jacinta. ToUJOUrs CC fut la COUtume du

menteur; doutant de son crédit, il jure pour être cru.

nos GARCIA. Si c'était votre blanche main que le ciel destinât à combler mon bonheur^ faites-en sorte q^e je ne perde pas ce bien souverain, car je puis prouver facilement la fausseté de ce bruit.

xAGUTA,»àpart. Avec q,uelle aisance il menti Ne scmble-t-il 1^ qu'il dise la. vérité 2

Bôn CARfiiA. Je vous épouserai, madame» et ainsi vous me ^ croirez.

JACINTA. Vous êtes homme à vous marier trois cents fois dans une heuce.

Boii CARGU. Vous avez. demoi bien mauvaise opinioa.

JABiHiA* G?esi iwj'uste ehàtiaent. Je ne pus.crûire un seul ÎMtaii etùxà qjui m'a dU ce maàm , ^"i\ était PéfuvLan, quand il est mék Madrid, ceUièqw élani arrivé d'iilei:,. m'a ^Aflué qu'il était, iei depuis une année, fui ayant a^oué ce 8i»r qall est marié à Sakoiaïaque, vient se dédire ea ce mo^ meitf; et qui,, après moit dormi toute la nuit dans soa Ut, sa^ <î«rte qu'il l'a passée sur la livièr* d^nnani une fiète à use

TRISTAN, à port. EÏIe Satt lOUt !

oeif MRCTA. Ma gteîTe ! écou-te^-moil.., et je» voiwdlrai ki

vérité pare ; je sais par où le récit pèche : je passe sur les autres détails qui soDt de peu d'importance pour arriver au mariage, qui est la graode affaire. Si vous étiez la cause de cette affirmation que j'ai faite que j'étais marié, Lucrecia, serait-ce une faute d'avoir menti?

JAGINTA. Moi, la cause?

DON GARCIA. Oui, madame.

JACINTA. Gomment?

DON GARCIA. Je veux vous le dire.

JACINTA, à part, à Lucrecia. Écoute, le fourbe va raconter de jolies histoires.

DON GARCIA. Mou père a voulu aujourd'hui me donner une autre femme. Mais moi, qui suis tout à vous, j'ai imaginé de trouver une excuse; comme j'espère obtenir voire main, pour toutes les autres femmes je suis marié, pour vous seul je suis garçon ; et comme votre billet est venu m'encourager, j'ai placé en lui ma résistance à toute autre union. Tout s'est passé ainsi ; ce mensonge ne doit pas vous étonner puisqu'il prouve la vérité de mon affection.

LLCREGiA, à part. Mais s'il était vrai...

JACINTA, de même. Quelle bonne histoire et comme il l'a improvisée I (Haut à Gaicia.) Mais, comment ai-je pu, en si peu de temps, vous donner tant de soucis ? Vous m'avez à peine entrevue et déjà vous paraissez hors de vous l Vous ne me connaissez pas, et vous me voulez pour femme ?

DON GARCIA. Aujouid'hui, pour la première fois, madame, votre grande beauté me frappa; encore en ce moment, l'amour me force à vous dire la vérité. Si la cause est divine, l'effet a dû être un miracle, le dieu enfant ne chemine pas avec des pieds mais avec des ailes. Dire qu'il vous faut du temps pour réduire une âme, ce serait, Lucrecia, nier votre divin pouvoir. Vous prétendez que sans vous connaître, je suis hors de

rooi. Plaise à Dieu, que je ne vous eusse pas connue, pour faire plus encore en vous aimant ! Mais> je vous connais bien, je sais quelles sont vos qualités, que vous êtes une Lune sans éclipse(l), que vous êtes une pureMendoza, que vous avez perdu votre mère, que vous êtes fille unique de votre père, dont le revenu passe mille doublons. Voyez si je suis mal informé ! Plaise à Dieu ! que vous fussiez aussi bien instruite sur mon compte!

LUCREGiA, à part. Il me douue presque du souci.

jACiNTA. Enfin Jacinta n'est-elle pas belle, n'est-elle pas sage, riche et telle que Thomme le mieux né souhaiterait l'avoir pour épouse ?

DON GARCIA. Elle est sage, riche et belle, mais... mais, elle ne me plaît pas.

JACINTX. Enfin, parlez, quel est son défaut?

DON GARCIA. Le plus grand de tous : je ne Taime point.

JACINTA. Je voulais pourtant vous marier ensemble^ c'est le seul motif du rendez- vous que je vous ai donné.

DON GARCIA. Gc scra donc un vain désir. Don Belfran, mon père, m'ayant fait aujourd'hui la même proposition, je lui répondis que j'étais marié. Et si vous, inadame, vous avez l'intention de me tenir le même langage, pardonnez-moi, pour ne vous point céder, j'irais me marier en Turquie. C'est la vérité, vrai Dieu I Mon amour est ainsi fait, que j'abhore, ma Lucrecia, tout ce qui n'est pas vous.

LUCREGIA, à p&rU HéldS I

JACINTA. Me traiter avec une duplicité si évidente ! Répondez, manquez-vous de mémoire, ou avez-vous perdu toute honte? Comment, après avoir dit aujourd'hui à Jacinta que vous l'aimiez, le niez-vous à présent ?

(i) Jeu de mots sur Luna, qui est le nom de famille de Lucrecia.

DON GARCU, à Jacinta. Moi? vive Dîeu ! je n*ai parlé qu'à 'vous depuis une année, dans celte ville*

jAciiiTA, Le mensonge effronté peut-il aller jusque-là il Si vous osez mentir à propos des choses que j*ai vues, quelle vérité pois-je attendre de vous? Allez avec Dieu, et de moi, vous pouvez, dès à présent, penser que si je vous écoute une autre fois, ce sera pour me divertir, comme celui qui passerait Tennui de ses loisirs à lire les fables d'Ovide.

Elle dispai-alt du htàeon.

DON GARCIA. Ëcoutez, belle Lucrecia.

LUGHEGiA, à part. Je reste Gonfoudue.

EUe diapttratu

DON GARCIA. Je perds la tète. La vérité a*t-eUe si peu de crédit?

TRISTAN. Oui, dans une bouche qui ment.

DON GARCIA. Elle uc croît pas un mot de ce que je dis 1

TRISTAN. Pourquoi vous étonner après lui avoir débité quatre ou cinq meDsonges.T. Dorénavant , persuadez-vous que celui qui ment dans les petites choses perd tout crédit quand il dit vrai dans les grandes.

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