‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 26 sur 192 · SCÈNE PREMIÈRE · texte numérisé non relu

SCÈNE PREMIÈRE

GAMINO, tenant une lettre, LUGRECIA.

GAMiNO. Ce billet m'a été remis pour vous par Tristan, le coDfident de don Garcia, comme je suis le vùtre. Quoique son peu de bonheur Fait réduit à la condition de valet, c'est un homme bien né ; il vous supplie de donner une réponse, et il jure que don Garcia est fou.

LUGRECIA. Chose étrange I est-il possible qu'un homme aussi constant me trompe? Le plus lîdèle amant se lasse s'il n'est pas aimé, et celui-ci qui fait semblant d'aimer, persiste, quoique dédaigné !

CÂHiNO. Si Ton en peut juger par l'apparence, je jurerais que ses maux sont réels, puisque je les ai vus. Celui qui rôde nuit et jour dans votre rue avec tant de constance, celui qui épie avec tant d'atlention vos jalousies fermées, celui qui vous voit vous retirer de votre balcon à son arrivée., sans jeter sur lui un coup d'œil, et qui pourtant demeure constant dans son amour, celui qui pleure, qui se désespère, qui me donne de l'argent parce que je suis à vous, ce qui est de nos jours le signe le plus concluant, je n'hésile pas à afGrmer ^ue c'est folie de prétendre qu'il ment

LDcaEUA. On voit bien, Camino, que tu ne l'as pas en- Mu mentir. Plût à Dieu qu'il m'aimâi I S'il disait vrai, ses

souffrances auraient bientôt trouvé un port. Ses exagérations, quoique je n'y aie point cru, ont pu, au moins éveiller mes pensées, mais il est insensé de croire un menteur ; comme le mensonge n'eçt pas forcé et que chacun peut dire la vérité, Tespérance et mon propre amour m'obligent à croire que pour moi il peut changer ses habitudes. Et ainsi, par souci de mon honneur, s'il me trompe en me flattant et si son amour est vrai, je le croirai digne de mon affection, et tu me verras/ si clairvoyante sur le bien et le mal, que je ne me laisserai pas duper par ses fourberies, et que je rendrai justice aux vérités qu'il dira.

GAMiNO. Je partage votre sentiment.

LCCRECiA. Tu lui conGeras donc que dans ma cruauté j'ai déchiré son billet sans le lire ; et que c'est là toute ma réponse. Et aussitôt, tu ajouteras, comme de toi-même, qu'il ne doit pas désespérer^ et que s'il tient à me voir, il aille ce soir à l'oclave de la Magdalena.

CAHiNO. Je cours.

LucRECiA. Je mets mon espoir en toi.

GAMiNO. Elle ne se perdra pas avec moi. Elle est sur le chemin (1).

Us sortent.

Une salle chez don Beltran.

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