‹ Théâtre d'AlarcónChapitre 30 sur 192 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

DON GARCIA, TRISTAN

DON GARCIA. Lucrecîa Q'a-t-elle pas fait preuve de finesse? Avec quelle astuce elle a donné à entendre qu'elle ne voulait point être reconnue pour Lucrecia 1

TRISTAN. Ma foi elle n'est poiift sotte.

DON GARCIA. Assurémeut, elle voulait se cacher de celle qui parlait avec elle,

TRISTAN. Il est clair qu'une autre cause ne pouvait robliger à nier une chose aussi évidente ; elle n'a pas eu Tintention de nier que ce fut elle qui vous avait parlé à son balcon puisqu'elle-mème a rappelé les points que vous aviez abordés dans votre conversation.

DON GARCIA. Elle a bien prouvé ainsi que ce n'était pas de moi qu'elle se cachait.

TRISTAN. C'est pour cela qu'elle a fait allusion à vos paroles en disant : « Si Ton vient à reparler de celte union, vous serez marié en Turquie. » Et cette conjecture est accréditée mieux encore par sa persistance à nier qu'elle soit Lucrecia, et à vous exposer ses propres sentiments sous le couvert d'une tierce personne en vous disant que Lucrecia vous paierait de votre amour si vous pouviez faire qu'elle y crut.

. DON GARCIA. Ah! Tristanl comment puis-je ramener à croire à mon amour?

TRISTAN. Voulez-vous Tépouserî

DON GARCIA. OUÎ.

TRISTAN. Eh bien, demandez-la en mariage.

DON GARCIA. Et si elle me refuse?

TRISTAN. M'avez-Yous donc pas entendu ce qu'elle vient de dire: « Faites qu'elle vous croie et moi j'adoucirai sa rigueur.» Quelle plus grande preuve pouvez -vous attendre de son désir d'être à vous? Une femme qui reçoit vos lettres, qui vous parle à sa fenêtre a donné ce me semble assez de gages de l'affection qu'elle vous garde. La pensée que vous êtes marié est le seul obstacle qui l'arrête, et cet obstacle vous l'écartez en lui donnant voire main ; c'est la meilleure réponse d'un gentilhomme comme vous ; et quant aux preuves qu'elle vous demanderait dans sa frayeur d'être trompée, Salamaoque n'est pas au Japon.

DON GAiiGiA. 11 l'est pour celui qui aime. Les minutes sont des siècles pour moi.

TRISTAN. Ne trouverions-nous pas de témoins à Madrid?

DON GARCIA. Peut-être.

TRISTAN, c'est chose facile.

DON GARCIA. Je Ics vais chercher de ce pas*

TRISTAN. Je vous CD foumiraî un.

DON GARCIA. EtquidOQC?

TRISTAN. Don Juan de Sosa.

DON GARCIA. Qui? dou Juau de Sosa?

TRISTAN. Oui.

DON GARCIA. Il sdlt bien ce qui en est, v/

TRISTAN. Depuis le jour où il vous parla à la Plateria vous iie vous êtes pas rencontrés. Quoique j'aie toujours désiré savoir quel souci vous causa le billet qu'il vous ût remettre, je

ne vous Tai jamais demandé depuis que je vous ai vu ; vous fâcher et pâlir eu refusant de me le confier ; mais maintenant qu'elle se présente si naturellement, je crois, seigneur, qaeje puis renouveler ma question, puisque vous m*avez fait le secrétaire des archives de votre cœur et que celte fureur est évaporée.

DOH GARCIA. Je veux te conter FaiTaire. Je le puis, car je Bais, pour l'avoir éprouvé, que tu gardes bien un secret et que tu es un homme prudent. A sept heures du soir, don Juan de Sosa m'écrivit qu'il m'attendail à San Blas pour un cas dïmportance. Je ne dis rien car c'était un cartel ; celui qui ne garde pas le silence sur ces affaires veut élre empêché ou aidé, deux choses également honteuses. J'arrivai à l'endroit désigné où don Juan m'atlendait avec son épée et sa jalousie, arme qui lui donnait Tavanlage. Il me dit ce qu'il avait sur le cœur, je satisfis à sa demande et pour en finir nous tirâmes les épées. J'arrélai mon moyen sur le champ et prenant l'avantage en gagnant sur son épée, je lui poussai une forte estocade. Un agnus Deî qu'il portait lui sauva l'existence, la pointe l'ayant touché, mon épée se brisa en deux morceaux. 11 fit retraite sur ce grand coup, puis avec une rage terrible il me riposta par un coup de pointe, mais moi je l'arrêtai par la partie faible de son épée. Aussitôt, comme un si court espace Tessouffle, car il ne me restait plus qu'un tiers de mon infidèle épée, il se dégage en glissant le long du fer, et comme il se trouve rapproché de moi parce que je cherchais à gagner à cause de l'infériorité de mon arme, il me tire furieux un coup de taille à la tète. Je le parai à son départ et bas en l'amortissant avec mon fer. Ici fut le beau du jeu I je lui lançai un revers d'une telle vigueur que l'infériorité de mon épée me fit peu faute en ce moment, je lui ouvris sur la tête une palme d'estafilade, il tomba sans connaissance sur le sol et sans vie à ce qu'il me

parut Je le quittai ainsi Voilà ce qoi s'est passé, et c''e8t pourquoi, Tristan^ tn ne l'as pas vo ces jours derniers»

TmisTAv. Quel éTéuemeot étrange I et s'il était naort?

DOH GAEcu. C'est certaiD, car sa cervelle s'est répandue ssr la terre.

TRISTAN. Pauvre don Juan 1

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